Laura Lambrusco - Auteur de Comment j'ai raté ma vie sexuelle

Publié le par litteratureetfrancais

Quelques questions sur vous et l’écriture
 
 1. Présentez-vous en quelques mots.
Je suis Laura Lambrusco, le personnage de mes romans. Ce qui ne veut pas dire que mes romans sont des témoignages ou auto-fictions. Non, il y a eu un événement dans ma vie antérieure qui m'a créée et je n'existe que lorsque j'écris. J'imagine que cette position peut sembler absurde, aberrante, pathologique. Peu importe, c'est uniquement ainsi que je peux vivre aujourd'hui avec l'écriture. Pour résumer, après des années de travail de soutière de l'écriture, je n'ai plus supporté d'être au-dessus. Au-dessus de mes personnages, au-dessus de ma page. Je suis rentrée moi-même dans le texte. Ça n'est pas une façon théorique ou une position intellectuelle, c'est un mouvement qui se fait dans ma chair.
 
 2. Parlez-nous de votre dernier ouvrage.
Mon dernier ouvrage, c'est celui qui m'investit le plus pour l'instant, celui que j'écris. Au-delà de cette coquetterie, "Comment j'ai raté ma vie sexuelle" est mon dernier roman publié. Il est crucial pour moi au sens où c'est à partir de celui-ci que j'ai pu totalement libérer mon écriture, tant dans les thèmes abordés, la façon explicite et presque clinique de décrire les situations et mes commères et compères personnages, et surtout le style ; par rapport au précédent, j'ai pu réaliser ce que je voulais dans ce qu'on pourrait considérer comme des mélanges de niveaux de langages mais qui, pour moi, est simplement l'utilisation de la langue telle qu'elle est, sans aucune distinction de niveau de langage, sans me soucier de savoir si tel mot ou telle phrase est grossière ou ne l'est pas. Une langue comme le réel, qui est parfois simultanément merveilleux et atroce, dont les parfums sont enivrants ou émétiques.
 
 3. Depuis quand écrivez-vous ?
Depuis l'enfance. J'ai commencé à tenir un journal toute petite. Mais je n'écris de l'intérieur des livres que depuis deux ans.
 
 4. Que vous apporte l’écriture ?
La vie même. C'est là que je respire, que je pleure et ris, que mes émotions sont les plus puissantes. Dès que je lâche le stylo ou le clavier, je me retrouve comme un golem, attendant qu'on m'insuffle à nouveau la vie.
 
 5. Dans quelle condition écrivez-vous ?
C'est une sorte de transe, mais je reste sans cesse animée d'une distance sur ce qui est en train de m'arriver dans le texte. Et j'ai besoin d'être entourée de livres.
 
 6. Quelle est votre source d’inspiration ?
Si je le savais, je n'aurais sans doute plus besoin d'écrire. Mais j'entrevois malgré tout que ce qui me rend la plus sensible et me propulse dans l'écriture, c'est la vie des humains, la souffrance, l'injustice, la joie aussi… Le roman où j'écris pour l'instant traite de cette question-là, du traumatisme en littérature utilisé comme une métaphore du destin de chacun.
 
 7. Etes-vous écrivain à part entière ou exercez-vous une profession à coté ? si oui laquelle ? Que vous apporte-t-elle par rapport à votre travail d’écrivain ?
Etre autrice à part entière, la question pourrait se formuler "est-ce que je gagne assez pour ne faire que ça ?". Non, malgré un appétit d'oiseau, mes droits ne suffisent pas à m'empêcher de vivre aussi d'expédients. Je suis donc jardinière dans mon petit potager pour avoir déjà des épinards avant d'avoir du beurre et, selon les aléas des saisons, harceleuse de services sociaux. Deux activités qui m'apportent pour le potager, le sens de la sincérité, de la patience et de l'humilité, et pour les services sociaux, des rencontres étonnantes avec mes co-demandeurs.
 
 8. Avez-vous d’autres projets d’écriture ?
Oui, bien sûr, plusieurs romans en projet dont un en train d'aboutir et un recueil de poésies.
 
 9. On dit souvent que l’auteur « fait passer un message » : est-ce le cas pour vous ? Si oui quel est ce message ?
Non, je n'ai pas de message à proprement parler. Lorsque j'écris à mes lecteurs, ce serait plutôt comme lorsqu'on alerte quelqu'un d'un danger imminent. Et aussi, lorsque j'écris, je me sens dans une amitié et une complicité très profonde, très ancienne, avec mes lecteurs. Les courriers que je reçois me rendent souvent cette même relation très forte, très touchante.
 
 10. Si vous deviez changer quelque chose dans votre carrière d’écrivain, ce serait quoi ?
Me débarrasser de mon golem.
 
 11. Comment s’est fait le choix de votre maison d’édition ?
Ils sont petits, et ce qui est petit est mignon ! Plus sérieusement, je n'ai envoyé mon manuscrit qu'à eux, alors qu'ils n'avaient qu'un très petit catalogue, parce que quelque chose d'indéfinissable m'a touchée en voyant leur site, sans doute une sincérité à laquelle je tends.
 
Quelques questions sur vous et la lecture
 1. Qui vous a fait aimer la lecture/ l’écriture ?
Mes parents, grands lecteurs tous les deux, grands collectionneurs de livres, les murs de l'appartement en étaient couverts.
 
 2. Quel est votre auteur préféré en dehors de vous-même bien sûr ! ?
Salluste, mais je me permets d'ajouter Thucydides.
 
 3. Quel type de lecteur êtes-vous ?
Je lis autant que je peux, lectrice désordonnée, maltraitant les livres qui restent empilés et ouverts, cornant les pages… la lecture, c'est un festin.
 
 4. Qu’aimez-vous lire ?
 Aucune restriction. Je lis tout, du catalogue de supermarché à la philosophie, qui me sont autant d'énigmes. J'ai l'impression que tout est toujours nouveau et mystérieux.
 
Quelques questions sur les blogs et tout le reste …
 1. Que pensez-vous des blogs littéraires ?
Ce que j'en vois me surprend et m'enthousiasme. Je trouve formidable ce mouvement des blogs littéraires, c'est-à-dire des lecteurs qui se sont emparés de la question de la critique.
 
 2. Que pensez-vous de mon blog en particulier et quel est pour vous l’intérêt de répondre à ce petit questionnaire ?
Mon éditrice m'a envoyé le lien en même temps que le questionnaire. J'ai lu quelques articles et je les ai trouvés vrais, sincères, engagés, investis de la passion de la littérature.
 
 3. Comment gérez-vous les critiques des lecteurs de blogs qui ne sont pas des spécialistes ? (critique positive et négative) ?
Les critiques des non spécialistes, c'est-à-dire les critiques des lecteurs. Chaque lecteur qui est le meilleur critique. Les critiques négatives, je n'en ai pas encore reçu (à part quelques lettres d'insultes !) mais je crois que j'y serai attentive comme à une polémique dans une discussion entre amis. Est-ce que ça peut rompre une amitié ?
 
 4. Si vous deviez remercier un professeur que vous avez eu : ce serait qui et pourquoi ?
Une prof de gym qui m'a appris à ne pas m'entraîner à l'échec.
 
 5. Pensez-vous que les jeunes ne sont plus capables d’apprécier la lecture ? Quels remèdes proposeriez-vous ?
Je ne suis pas certaine que les jeunes d'aujourd'hui lisent moins que ceux d'avant… Et si l'on pense aux époques d'avant l'école obligatoire, il y a fort à parier qu'aujourd'hui beaucoup plus de jeunes lisent qu'en 1750, par exemple. Et si l'on veut qu'ils lisent plus encore, il faut écrire de bons livres. C'est la responsabilité des écrivains et des éditeurs. Ne pas prendre les jeunes pour des idiots.
 
 
 6. Que pensez-vous du boom des éditions numériques ?
Excellent, j'adore ça. Ça ne remplace pas le papier et ça n'est pas fait pour ça.
 
 7. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes écrivains ?
Il serait bien présomptueux de la part d'une autrice comme moi, aussi vacillante, sans cesse en création d'elle-même, de donner quelque conseil que ce soit à qui que ce soit. Chacun doit créer son chemin. Chaque auteur est unique.
 
La parole est à vous : Une dernière phrase ? pensée ? critique ?
 
Ah ! La liberté soudain me rend muette ! Merci pour ces questions et l'espace qui m'est donné...

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