Ecriture poétique et quête du sens (Objet d'étude 1ere)

Publié le par litteratureetfrancais

Ecriture poétique et quête du sens

 

I)                  La poésie, art du langage et expression d’une vision du monde

1-      Qu’est-ce que la poésie ?

La poésie est un art, c’est-à-dire une création. On ne définit plus aujourd’hui la poésie par la forme versifiée : elle prend des formes variées et inattendues. La poésie est une façon originale de voir, de percevoir le monde, de réagir face à lui et d’exprimer le monde et la réalité. Est poétique ce qui est dit de façon inhabituelle.

2-      Qu’est-ce qu’un poète ?

C’est un artiste qui a un moi plus sensible que la norme, une connaissance plus aigüe et plus profonde des hommes et du monde. Il dévoile le monde intérieur et en révèle les aspects cachés. Il crée un nouvel univers en modifiant et transformant la réalité. Un poète est un artisan qui connait son matériau, la langue ; il a la capacité de la modeler d’une façon inhabituelle pour obtenir une expression originale.

3-      Quelles sont les fonctions de la poésie ?

Deux tendances majeures s’opposent :

La poésie comme peinture : Elle décrit et peint le monde et ses réalités concrètes (l’art pour l’art), les faces cachées du monde, un monde imaginaire ou les sensations.

La poésie engagée : elle est utile et doit être action. Elle dénonce les injustices et les maux du monde. Elle exprime les idées avec plus de force et d’intensité que la langue ordinaire.

La poésie a aussi pour fonction de célébrer les exploits d’un héros (poésie épique) ou de créer un nouveau langage.

II)               La poésie, du Moyen Age au XVIIIe siècle

1-      Le Moyen Age : jongleurs, trouvères et troubadours

La poésie lyrique médiévale trouve son origine dans les chants populaires interprétés par les jongleurs, les troubadours et les trouvères. Ses thèmes sont l’amour et la nature. Elle prend la forme de chansons (phrase musicale et refrain) : chansons de toile, chansons de geste et pastourelles.

La poésie prend peu à peu son autonomie par rapport à la musique et évolue vers un art du langage et s’exprime dans les formes fixes (ballade, rondeau,…)

Au XVe siècle, la poésie courtoise et bourgeoise se côtoie. Ils annoncent des temps nouveaux par leurs confidences sincères. A l’expression des sentiments s’ajoute l’expression d’idées souvent sous forme de symboles ou d’allégories. A la fin du XVe siècle, la poésie évolue vers un art de la rhétorique pure.

2-      Le XVIe siècle : imitations et inventions de la Renaissance

Les humanistes de la Renaissance (avec la Pléiade) renouvellent la poésie en empruntant aux anciens ou à d’autres pays. Poètes de l’amour et des émotions lyriques, ils sont aussi les témoins des guerres de Religion.

3-      Le XVIIe siècle : poésies baroque et classique

Une poésie lyrique raffinée et précieuse se développe. Pour traduire leur conception du monde instable, les poètes recourent à des métaphores filées, des vertiges d’images et de sonorités. Ils critiquent les défauts de l’époque dans une poésie truculente et triviale, d’inspiration satirique.

 

La poésie en tant que genre décline au fil du XVIIe siècle avec l’essor du classicisme et son respect pour la raison. Elle devient didactique, elle est destinée à « plaire et instruire ».

 

4-      Le XVIIIe siècle : raison et poésie incompatibles ?

Le culte de la raison du siècle des Lumières entraine une certaine désaffection pour la poésie : les philosophes trouvent les contraintes formelles inutiles.

 

Le seul poète vraiment connu est André Chénier.

 

III)            La poésie au XIXe siècle : innovations et ruptures

1-      Le romantisme : la poésie en révolution

Un contexte spécial : le mal du siècle, les jeunes rejettent le monde matérialiste et bourgeois. Ils s’évadent dans le rêve et les passions.

 

La poésie est lyrique et privilégie l’expression du moi à travers les thèmes de la fuite du temps, de la nature, de l’amour, de la mort et de Dieu.

 

Les formes poétiques se libèrent. Aloysius Bertrand invente le poème en prose. Les hommes se libèrent aussi, les poètes sont au service de l’humanité.

 

Quatre grands poètes romantiques : Lamartine, Hugo, Nerval et Musset.

 

2-      Une réaction antiromantique : le Parnasse et Baudelaire

Le Parnasse ou l’art pour l’art prônent une poésie à la forme parfaite sans but moral ou utilitaire. Le poète est un artisan minutieux.

 

Pour Baudelaire, la poésie exprime une angoisse existentielle mais aussi la connaissance du monde : elle pénètre le sens caché des choses et tire la Beauté de la laideur.

 

3-      Le symbolisme contre le Parnasse

Les poètes symbolistes réagissent contre les exigences formelles des Parnassiens et le naturalisme de Zola : le poète révèle, par les symboles, la beauté de l’idée derrière l’apparence des objets. Il suggère plus qu’il ne décrit.

 

Quelques poètes maudits symbolistes : Mallarmé, Verlaine, Lautréamont, Rimbaud

 

IV)             La poésie au XXe siècle : recherches, révoltes, apaisement

1-      L’esprit nouveau du début du siècle

Lyrisme et monde moderne : Les poètes mélangent les deux sous une forme moderne. Les calligrammes d’Apollinaire marquent la variété et la fantaisie de son imaginaire poétique.

 

Dadaïsme et surréalisme : le refus du conformisme : Il est créé par Tzara. Le mouvement dada rejette une civilisation qui a permis des horreurs et refuse toutes les références et normes traditionnelles.

Les surréalistes, avec André Breton, veulent instaurer de nouvelles valeurs et libérer l’homme de la dictature de la raison : ils explorent l’inconscient et sont à la recherche d’une réalité supérieure présente dans le monde. La plupart des poètes s’engagent lors de la Deuxième Guerre mondiale.

 

Valéry célèbre plutôt l’intelligence et son fonctionnement dans une poésie sensuelle d’une grande perfection formelle. Claudel, lui, exprime sa vision de l’homme et glorifie la création divine.

 

2-      La diversité de la seconde moitié du siècle

Les poètes reviennent au réel et prennent leurs thèmes dans la vie quotidienne avec simplicité et réalisme, émotion, fantaisie ou rigueur quasi philosophique.

Francis Ponge invente une nouvelle poésie en prose pour permettre aux choses les plus usuelles de s’exprimer.

Queneau renouvelle le langage avec un humour savant et ouvre la voie à l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle)

 

V)                Décrire la forme d’un poème

1-      Un jeu visuel avec l’espace

Le poète joue sur la mise en page et la typographie. L’aspect matériel du poème apparait au premier coup d’œil.

 

2-      Les éléments de la poésie versifiée

Le vers est un procédé traditionnel de mise en page poétique. Il est déterminé par le nombre de syllabes.

Alexandrin = 12 syllabes, Décasyllabe = 10 syllabes, Octosyllabes = 8 syllabes, Hexasyllabes = 6 syllabes, Endécasyllabe = 11 syllabes, Ennéasyllabes = 9 syllabes, Heptasyllabe = 7 syllabes.

 

Le « e » muet ne se prononce pas en fin de vers et devant une voyelle. Si on prononce deux voyelles qui se suivent en une seule syllabe on fait une synérèse, si on les prononce en deux syllabes alors on fait une diérèse.

 

Les vers se combinent en strophes séparées par un blanc graphique :

Distique = 2 vers, Tercet = 3vers, Quatrain = 4vers, Quintil = 5vers, Sizain = 6vers, …

 

3-      Les poèmes en vers à forme fixe

La ballade : il est né au Moyen-Age. Il contient trois strophes semblables de huit ou dix vers de forme carrée qui se termine par un envoi (demi strophe de dédicace au destinataire). Un refrain termine chaque strophe et envoi. Les rimes se répètent à l’identique.

 

Le rondeau : il présente 15, 13 ou 12 octosyllabes de deux rimes dont huit féminines et cinq masculines (ou inversement). Le premier vers est repris sous forme de refrain (qui ne compte pas comme un vers) après les huitième et treizième vers.

 

Le sonnet : il contient 14 vers répartis en deux quatrains suivi de deux tercets. Les rimes sont généralement embrassées. Il peut avoir deux constructions : les quatrains s’opposent aux tercets, ou alors les 13 premiers vers s’opposent au 14e.

 

4-      Les poèmes en vers à forme régulière

L’ode : petit poème lyrique qui présente des strophes de forme carrée souvent accompagnée de musique.

La fable : poème à visée argumentative qui vise à enseigner la morale.

La satire : poème qui se moque des défauts d’une personne ou d’un groupe social.

Le blason : poème court à rimes plates qui fait l’éloge d’un être ou d’un objet.

L’acrostiche : lues verticalement, les initiales de chaque vers de ce poème composent un mot-clé

Le poème en vers libres : le poète y alterne différents types de vers au gré de ses intentions. Les vers ne riment pas, ne commencent pas par une majuscule et omettent parfois la ponctuation.

 

5-      Les formes poétiques non versifiées

Le poème en prose : composé en versets (courts paragraphes) dont le rythme, les jeux sur les sonorités et les images lui donnent sa poésie.

Le calligramme : typographie et mise en page dessinent des formes géométriques ou reproduisent la forme de ce que décrit le poème.

 

VI)             Analyser les sonorités et les rythmes d’un poème

1-      Un jeu musical avec les sons

Les rimes peuvent être pauvres (un seul son en commun), suffisantes (deux sons en commun) ou riches (au moins trois sons en commun). Elles sont féminines (e muet en fin de mot) ou masculines (pas de e muet). Les rimes peuvent être plates (aabbcc…), croisées (abab) ou embrassées (abba)

 

L’allitération répète un son consonantique, l’assonance répète un son vocalique. L’harmonie imitative répète certains sons pour imiter un bruit ou créer un effet particulier

 

2-      Un jeu musical avec les rythmes

Il faut analyser la longueur des vers et les pauses à l’intérieur des vers.

Les coupes divisent le vers en deux mesures égales (effet d’équilibre) ou inégales.

Les poètes créent parfois des effets de rupture volontaires : enjambement (déborder la phrase sur le vers suivant), rejet (prolonge la phrase sur les premières syllabes du vers suivant), contre-rejet (anticipe un groupe de mots du vers suivant en fin de vers)

 

VII)          Etudier un poème

1-      Analyser d’où nait le pouvoir de suggestion du poème

La poésie suggère plus qu’elle ne dit.

Avant de lire un poème, observez-le comme si c’était une image. Ensuite repérez sa structure générale, puis les strophes et les blancs et pour finir commentez l’effet produit et le sens donné par cette mise en page.

 

Analyser le rôle des sensations dans le poème : relevez le lexique des sensations et les rapports entre les différentes sensations puis commentez l’effet produit sur  le lecteur.

 

Analyser les images : repérez les figures de style, identifiez les points communs entre comparé et comparant, appréciez le rapport entre les deux réalités et commentez l’effet produit sur le lecteur et l’intention du poète.

 

Analyser la musicalité : lire le poème à haute voix, commentez les choix de vers et repérez les effets de sonorités et finalement repérez et caractérisez les effets de rythmes.

 

2-      Déchiffrer le sens, le message du poème

Identifier  les thèmes et les registres (lyrique, élégiaque, épique, pathétique, …)

Mesurer la présence du poète et l’implication du lecteur

Apprécier la vision du monde du poète (peinture fidèle ? métamorphose ? optimiste ? pessimiste ? visionnaire ? fantastique ?)

Repérer le sens symbolique ou allégorique du poème (sens symbolique ? relation sens littéral et sens implicite ? diversité des interprétations ?)

Repérer la conception de la poésie qui se dégage (art pour l’art ? art poétique ? poésie engagée ?,…)

Apprécier les rapports du poème avec son temps (inscrit dans une tradition ? un mouvement ? en rupture avec son temps ?)

 

VIII)       Poésie et peinture, deux mondes d’images

1-      « ut pictura, poesis »

Aristote et Horace faisaient déjà une analogie entre les « deux sœurs » : poésie et peinture. La poésie prend souvent pour thème la réalité qu’elle décrit et reproduit. Les poètes comme les peintres ont une grande marge de créativité, déforment la réalité, créent des mondes. Ils ont également le choix entre un art à visée purement esthétique et un art engagé. De nombreux écrivains se sont consacrés à la peinture et au dessin et de nombreux peintres à la poésie

 

2-      Les rapports entre poésie et peinture

Les calligrammes appartiennent autant à la poésie par leur texte qu’aux arts graphiques par leur forme et leur typographie. Il faut comparer l’effet produit par le calligramme et le texte qui le compose.

 

Les poètes et peintres puisent aux mêmes sources d’inspiration et traduisent les gouts esthétiques de leur temps. La Tour Eiffel a inspiré la littérature et tous les autres arts. L’allure cubiste du monument peint fait écho aux recherches de la littérature moderne qui déstructure le langage.

éditions Hatier année 2011

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lolotte 04/04/2013


merci pour cet article, il m'a bien aidé! par contre je trouve ça un peu pénible, toutes ces fautes dans une leçon de français...^^

Yann Chb 15/06/2014

Bonjour, et merci pour ce résumé très bien fait.
Je voudrais juste signaler une petite erreur qui peut porter à confusion : Vous avez mis que les rimes embrassés était de forme (abab) à VI-1.