La Fontaine - La femme noyée (Explication de texte)

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EXPLICATION DE TEXTE : LA FONTAINE, LA FEMME NOYEE

 

INTRODUCTION

            Jean de La Fontaine a commencé à publier ses Fables en 1668. En les intitulant « Fables choisies, mises en vers par M de La Fontaine », il se place dans la lignée des grands fabulistes antiques tels qu’Esope dont il s’inspire très largement pour ses propres écrits comme le veut son appartenance aux Anciens. La fable est un apologue en forme de récit allégorique mettant souvent en œuvre des animaux auquel qu’ajoute une moralité. Dans sa préface, La Fontaine définit ainsi l’apologue : « L’apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l’un le corps, l’autre l’âme. Le corps est la fable, l’âme la moralité. ». Nous avons ici la 16 e fable du livre III et donc de la 1ere édition. Il ne s’agit pas ici d’une fable se servant d’animaux. Le sujet de la fable, intitulée La femme noyée, est en fait un défaut supposé de la femme : l’esprit de contradiction.

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LECTURE

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            Le poème composé en alexandrins et octosyllabes correspond tout à fait au rythme qu’aime donner La Fontaine à ses écrits. Ce rythme mélange narration et dialogue comme il mélange les vers. Comment La Fontaine réussit-il à critiquer la nature féminine tout en la prenant pas à son compte et en faisant ainsi un sujet de fable : amusant et universel ? Comme toutes les fables, celles-ci est très organisée : Les vers 1 à 8 servent de présentation à la fable, les vers 9 à 24 correspondent à la fable elle-même et les vers 25 à 33 correspondent à la morale.

EXPLICATION

TITRE :

  • L’article défini « la » marque la volonté de généraliser. En effet il s’agit de l’universalité de la fable comme le dit la définition de l’apologue : « récit qui raconte une anecdote à la P3 de telle manière que cela ait une valeur universelle pour l’illustration d’une question morale ».
  • Le participe passé exprime une action terminée. Cela ne donne pas d’indications sur le sujet, on ne peut plus la sauver.

= > Cette fable est comme la plupart des fables de La Fontaine une réécriture même si sa filiation n’est pas certaine. A-t’il repris le thème de Marie de France ou celui de Verdizotti (fabuliste italien du XVIe siècle) ?

VERS 1 A 2 :

  • La Fontaine commence par marquer une distance avec les autres « je » se distingue de « ceux » dès le 1er hémistiche cela marque son importance pour l’auteur.
  • « ceux qui disent » = généralité : la fable doit concerner tout le monde ce qui se confirme par la valeur du présent qu’on peut comprendre comme un présent de vérité générale : La Fontaine ne dit jamais la même chose que les autres.
  • « ce n’est rien » : le pronom démonstratif « ce » cataphorique annonce un « rien » qui marque l’inutilité de s’occuper  de ce qui est en cours pourtant « c’est une femme qui se noie ». le présent marque une action en cours jugée visiblement sans importance. Cela s’oppose au titre où l’action était terminée : en effet la participe passé a une valeur d’accompli.
  • De même ici, on a « une femme » : il y a donc dans un certain sens la perte du caractère universel que l’on avait dans le titre mais on apprend que c’était  déjà un proverbe à l’époque de La Fontaine, il y a donc quand même un sens universel.

VERS 3 A 4 :

  • « Je dis que c’est beaucoup » :

C’est une nouvelle prise à distance avec les autres (cf. vers 1)

« Rien » s’oppose à « Beaucoup » tout comme le « je dis » qui est ici fortement assertif

Il y a de la part de La Fontaine la volonté d’être un galant homme et non pas un misogyne. Un galant homme étant au 17e siècle, d’après le dictionnaire de Furetière, un homme qui a l’air de la cour, les manières agréables, qui tache à plaire et particulièrement au beau sexe c’est-à-dire aux femmes. Il ne peut donc pas dire que la noyade de l’une d’elle est sans importance.

  • « ce sexe » désigne les femmes en opposition avec « nous » pour les hommes, cela semble péjoratif : il n’y a pas d’égalité homme-femme.
  • « vaut bien » signifie mérite bien c’est une évidence.
  • « puisqu’il fait notre joie » : raison du regret semble futile : il doit y avoir une raison valable ici c’est le plaisir.

VERS 5 A 8 :

  • Symétrie de construction avec le vers 1 : « je » et « hors de propos » qui rappelle l’adverbe  « rien ». Il y a cependant opposition. Les autres parlaient pour ne rien dire alors que ce n’est pas le cas de La Fontaine (est-ce une façon de décrédibiliser ses adversaires ?)
  • Allitération en « f » vers 6à 8 : les mots dans lesquels le « f » est utilisé résume le but de la fable : en effet, il s’agit d’un développement du titre accentué au vers 8 par  l’usage de l’alexandrin.
  • Le mot déplorable signifie au 17e siècle « qui mérite d’être pleuré » : il prouve ainsi sa galanterie et contredit le « rien » du vers 1.
  • Début de la fable est une situation initiale surprenante : la femme s’est déjà noyée, on ne s’attarde  pas sur les circonstances. On a une opposition entre le plus-que-parfait du vers 8 et le présent du vers 2 (au vers 2 nous étions dans un proverbe, une généralité, au vers 8 on est dans un cas bien précis décrit par le poète)
  • Au vers 7 « une femme », l’article indéfini montre que l’on arrive à une anecdote privée, personnelle dont la portée va être universelle grâce à la fable elle-même rendue particulière par le déterminant démonstratif « cette ».
  • Le mot « sort » ne désigne pas la fatalité au 17e siècle, en effet Furetière définit le sort comme ce qui arrive fortuitement, par une cause inconnue qui n’est ni réglée ni certaine.

VERS 9 A 14 :

  • Le retour des octosyllabes marque un élément perturbateur. Il peut y avoir 2 sens à cette perturbation :

= le mari ne retrouve pas le corps de sa femme, on est dans la recherche

= la surprise, malgré l’aspect déplorable de l’accident, il n’y a aucune tristesse, la mort n’est pas importante seul le corps importe.

  • Les rimes qui étaient croisées jusque-là deviennent embrassées car on entre dans la dynamique du couple comme le montre l’expression « son Epoux »
  • On peut s’interroger sur le rôle des majuscules à Epoux (vers 9) mais également à Mari (vers 15) et à Femme (vers 16). Est-ce une façon de nommer les personnages tout en leur laissant une valeur universelle. Ainsi tous les couples pourront s’identifier à celui de la fable ?
  • On retrouve ici un vocabulaire épique : aventure, les honneurs. Il s’agit de la bienséance : il faut honorer le corps du défunt (cf. Antigone qui était prête à tout pour rendre les honneurs au corps de Polynice).
  • Le mot « disgrâce » peut avoir deux sens au 17e : La disgrâce comme perte de la faveur des hommes (ce qui est arrivé à Antigone) mais également malheur, accident. Le fleuve est donc celui qui a causé la disgrâce de la femme car si l’on ne retrouve pas son corps elle ne connaitra pas les honneurs nécessaires pour rejoindre le paradis mais il est aussi l’auteur de son malheur, c’est lui qui l’a tuée.
  • L’ardeur d’Antigone à vouloir sauver son frère est reprise dans l’imparfait duratif du vers 9 « cherchait » qui montre une quête inlassable.
  • Vers 12 : passage de l’imparfait au passé simple : c’est un rebondissement avec l’arrivée de nouveaux protagonistes « des gens » (vers 14). Ils ne peuvent pas être témoins comme le marque l’imparfait du verbe « promener » combiné au gérondif « en ignorant » Il ne sont au courant de rien.

VERS  15 A 24 :

  • On entre dans le cœur de la fable : on va nous énoncer un défaut de la femme.
  • « Donc » (vers 15) : conjonction de coordination de sens conclusif. Il est évident que le mari demande de l’aide aux deux hommes et pourtant il y a un élargissement aux femmes en général.
  • Arrêtons-nous sur la forme du discours :

= Indirect pour le mari : la recherche passe au second plan, elle est de moindre importance.

= direct pour la réponse « des gens » : ce qu’ils disent est plus important et en effet le passage au discours direct résume le but de la fable (vers 23 : « l’esprit de contradiction ») De même les impératifs donne une autorité à ces hommes qui rappelons-le ne sont même pas témoins de la scène.

  • L’esprit de contradiction qui semble inhérent aux femmes est pourtant présent ici entre les deux hommes qui ne sont pas d’accord : il s’agit d’une présentation argumentée, le 2e argument (l’esprit de contradiction) est utilisé en dernier pour montrer sa force et l’impossibilité de le réfuter.
  • La reprise de « nulle » (vers 16-17) montre un échange rapide entre les hommes présents.
  • Vers 21 : il y a ici un jeu de mot avec le mot « inclination », en effet au 17e le mot inclinaison n’existe pas encore donc ici le substantif inclination marque la pente du fleuve mais également la force intérieure et naturelle de la femme à n’en faire qu’à sa tête.
  • « Qu’elle que soit » (vers 21) ajoute à l’universalité de la fable + futur du vers 24 qui exprime une certitude malgré l’incongruité de la chose

VERS 25 A 29 :

  • « Cet homme » vers 25 marque une distance avec le poète et l’homme qui parlait ce qui est complété par « hors de saison » qui signifie qu’il ne parle pas au bon moment. Cette mise à distance est reprise au vers 27 (« je ne sais s’il avait raison ») ce vers au présent accompagné de la tournure négative est une forme d’écriture galante du 17e siècle.
  • Avec le vers 28 et l’utilisation de la corrélation « soit, ou non », le poète ne prend pas position : en effet, il prépare la morale (qui doit être universelle et donc ne porter aucune marque de subjectivité). Comme on l’a déjà dit plus tôt, il se place en galant homme.
  • La reprise du mot « pente » au vers 29 (déjà présent au vers 21) reprend le jeu de mots entre les différents sens du mot « inclination ». de plus, même s’il ne le prend pas à son compte, La Fontaine dit explicitement pour la première fois que l’esprit de contradiction est un défaut propre à la femme (vers 29).

VERS 30 A 33 :

  • Ces vers constitue la morale de la fable.
  • Jeu sur les pronoms : le « elle » reprend l’humeur ou la femme ?
  • On peut se demander quelle est la position du poète, ainsi la morale est assertive, inévitable :

= les futurs marquent la certitude

= « sans faute » => modalisation qui ne laisse aucune exception possible.

= caractère universel et durable avec les verbes antithétiques « naitre » et « mourir » en fin des vers 30 et 31.

= accentué par les expressions temporelles « jusqu’au bout » et « encore par-delà » : cela nous place dans  un au-delà où le défaut continuerait d’exister ce qui constitue l’histoire de la fable : même noyée, la femme contredit la nature en remontant le fleuve : il s’agit là d’un comique de l’excès.

 

CONCLUSION

            La Fontaine réussit ici à critiquer la nature féminine sans jamais passer pour un misogyne. Il s’exprime comme un galant homme du 17e siècle et obtient ainsi les faveurs du public féminin qui voit dans sa fable plus une défense qu’une attaque. En effet, la morale, universelle, dit qu’une personne (homme ou femme) née déraisonnable le restera. Il n’adopte jamais une position compromettante.

            La Fontaine apparait toujours dans ses fables comme un honnête homme inscrit dans l’esthétique et la morale de son siècle même si ses Fables sont toujours d’actualité. La Fontaine, lorsqu’il n’utilise pas son bestiaire habituel, aborde des défauts correspondants à des passions touchant l’esprit humain. Son but étant de montrer le caractère incurable de ces maux ce qui va à l’encontre du but cathartique du théâtre classique.

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