Sartre - Les mots (20e siècle)

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Les mots de Sartre

Personnages principaux

  • Charles Schweitzer
  • Louise Guillemin
  • Anne-Marie Schweitzer
  • Jean-Baptiste Sartre
  • Jean- Paul Sartre
  • M Liévin
  • M Simonnot
  • Bercot

Résumé par parties

Partie 1 : Lire : Présentation de la famille Schweitzer. La description se fixe plus sur Charles et sa femme Louise. Ceux-ci n’ont rien en commun. Ils auront quatre enfants, dont un mort en bas âge, alors qu’ils ne se touchent quasiment jamais. Description des deux garçons : Georges et Emile. Description de leur fille, Anne-Marie, qui a beaucoup de qualités que ses parents n’ont pas su ou voulu entretenir. Description du couple Sartre : le mari ne parle pas à sa femme. Ils ont trois enfants dont Jean-Baptiste qui va épouser Anne-Marie Schweitzer, ce sont les parents de Jean-Paul Sartre. Son père est mort dans les bras de sa mère qui le connaissait à peine. Il a été mis en nourrice. A la mort du père, Jean-Paul a guéri et sa mère l’a retrouvé. Sa mère a dû retourner chez ses parents. Ils ne l’ont pas beaucoup soutenue. Elle a tout fait pour aider mais a fini par devenir à nouveau comme mineure. Elle s’est dégoutée des plaisirs. Il pense que la mort de son père lui a offert la liberté. Il n’a personne pour l’écraser. Il n’a pas connu son père et n’a jamais été curieux de le connaitre. Son père n’a aucune existence pour lui, il est « l’enfant du miracle ». La figure de la mère est elle aussi détériorée, comme personne ne la respecte, il la voit plus comme une sœur. Première intentions d’inceste car il pense à l’épouser. Description de son grand-père qui aime jouer à Dieu. Il est aimé de celui-ci, il est sa « petite merveille ». Il pense que son grand-père aimait en réalité sa propre générosité car Jean-Paul dépendait de lui sans être son propre fils. Son grand-père aime être pris en photo, c’est un homme de scène et avec Jean-Paul, ils jouent de nombreux rôles que ce dernier apprécie et continue donc de jouer. Il parle de son Œdipe incomplet car il n’a pas connu la jalousie, sa mère est toute à lui. Il se sait un enfant sage, il se sait beau parce qu’on le lui dit : naissance de l’arrogance. Il était un enfant bon car n’aimait pas le scandale. Son grand-père l’admirait pour sa jeunesse, sa proximité avec la nature. Nature qui le rappelait à la terre. Il remplaçait l’angoisse par l’extase vécue avec son petit-fils. Son grand-père aimait embêter ses fils. Il se rend compte que « quand on aime trop les enfants et les bêtes, on les aime contre les hommes ». Il se pense prophète. Il fait plaisir à tous, il rend beaucoup de monde heureux. Il fait lui aussi des apparitions comme son grand-père qui se croit un dieu. Il donne une image aux pauvres, c’est un homme généreux. Il leur fait croire qu’ils sont égaux mais ce n’est qu’une image. Il est persuadé que les pauvres qui le connaissent sont plus heureux que les autres. Il croit au progrès. Il aime sa grand-mère malgré le fait qu’elle voit clair en lui et qu’elle le lui dit. Grace au surnom « Karlémami », il garde sa famille unie même s’il n’est pas dupe. Ils sont souvent dans la famille en Alsace, encore occupée par les Allemands, il ne les déteste pas parce que c’est ce qu’il faut mais c’est eux qui le font vivre. Il est indulgent vis-à-vis d’eux car ils n’ont pas la culture française. Il ne connait que le bien et ne s’est jamais opposé au mal, il ne sait donc pas s’il est bon, il se contente de séduire et de plaire. Il n’est pas un Narcisse car il cherche l’amour des autres. Il a grandi entouré de livres et même s’il ne savait pas lire : il les idolâtrait déjà. Il voit souvent son grand-père lire sans comprendre ce rite. Sa grand-mère aussi avait son rite : elle empruntait ses livres, il la regardait lire dans un silence sacré mais parce que son grand-père dénigrait ses lectures, il a senti que les livres n’ont pas tous la même valeur. Il respecte encore plus son grand-père cat il a écrit un livre « Deutscher Lesebuch ». Il a également découvert que les hommes s’exploitaient à cause de l’éditeur de son grand-père. Grâce à tout cela, il voit « le professorat comme un sacerdoce et la littérature comme une passion. » Il a voulu avoir « ses » livres seulement il n’arrive pas se les approprier car il ne sait pas lire. Anne Marie va lui lire une histoire qui a, pour lui, part avec un moment précis de sa vie. Lorsque sa mère commence à lire l’histoire qu’il connait, tout change et il comprend que c’est le livre qui parle. Il sent que sa mère et lui deviennent autre. A la fin de la lecture, il fuit. Il finit par préférer les récits des livres qui sont fixés à ceux de sa mère qui sont improvisés. Il a fini par vouloir lire de lui-même. On lui a appris l’alphabet et grâce à Sans famille, il a su lire. Il vit de nombreuses aventures avec les livres de la bibliothèque, certains lui sont interdits et d’autres lui sont restés inaccessibles à cause du sens des mots. La bibliothèque n’est pas si bien fournie que cela mais pour lui le plus grand trésor était le Grand Larousse qu’il parcourait sans fin. Il parle des justifications idiotes que donnent les gens pour justifier leurs torts lorsqu’ils daignent les reconnaitre. Il se jette dans la lecture dès que possible. Il passe dans un autre monde. Il ne sait pas toujours comment réagir face aux textes. Il parle de sa volonté d’avoir une sœur qui serait son amante. Il raconte comment il lisait les livres à plusieurs reprises parce que certains éléments de sens lui échappaient. Son grand-père a beaucoup de passion dont la musique. Pour lui, « les Schweitzer sont nés musiciens ». Il parle de l’Esprit qui s’adresse à Dieu, du Beau, du Vrai et du Bien qui se confondent dans certaines circonstances exceptionnelles. Il a trouvé sa religion dans les livres. Ila  toujours aimé la hauteur, surplomber le monde, il pense que c’est grâce à son lieu fétiche, un 6e étage parisien, qu’il s’est mis à écrire. Il a gardé cet attachement pour tout ce qui est aérien : il n’y a aucune vanité là-dedans. Il s’est efforcé de rester au sol : « j’habite en l’air par habitude et je fouine en bas sans trop d’espoir. » Son grand-père lui parle des auteurs : il ne les apprécie pas beaucoup car il ne peut pas attribuer leurs œuvres à Dieu. Jean-Paul, quant à lui, en fait ses premiers amis, il les admire. Il voit les livres comme étant la représentation de l’auteur : le livre est son corps, le papier et les pages sont son âme. Ila  mal compris : il faut respecter les grands auteurs, ce n’est pas donné à tous. Suivant l’usage de son grand-père, il y a certains livres qu’il chérit moins que d’autres. Il considère les écrivains comme ses amis. Il n’avait pas encore le projet d’écrire. La lettre envoyée à Courteline est restée sans réponse ce que, enfant, il a eu du mal à comprendre mais qu’adulte il approuve. Il a encore du mal à se débarrasser de cette familiarité même s’il a perdu ses illusions. Ses amis ont perdu leurs privilèges. Il se demande s’il était conscient de jouer un rôle. Il jouait à l’adulte avec ses lectures. Il laisse parler sa famille même si elle a tort : il « ment » sur ce qu’il lit ou aime lire. Il jouait la comédie de la culture, parfois distraitement, parfois sérieusement mais au final ce jeu le cultivait. Sa mère craint ses lectures trop sérieuses, elle lui offre donc des livres pour enfants : il les apprécie énormément et en tire tout son optimisme. Ses lectures sont restées longtemps secrètes. Quand son grand-père l’a surpris il a dû choisir l’indignation navrée. Sa double vie dure toujours, il préfère certaines lectures à d’autres « plus recommandables ». Arrivé à l’école, il est loin d’être le meilleur. Il se fait gronder pour la première fois : son orthographe est médiocre. Il est retiré de l’école. Cet échec ne l’avait pas affecté. Il n’appréciait pas M Liévin, son instituteur particulier car celui-ci ne le choyait pas. A Arcachon, il a reçu un traitement de faveur de M Barrault : il trouvait normal de ne pas se mélanger aux « fils du peuple ». Il a un grand respect pour M Barrault et lorsqu’il voit une inscription qui le dénigre il en est affligé et très troublé. Est-il lui aussi dénigré ? Il a été pendant une semaine à l’institution Poupon où il n’a fait qu’être loué. Jusqu’à ses 10ans, il a eu des professeurs qui se sont succédés : aucun n’a jamais été bon, ils étaient décents. Il comprend bien que sa comédie le tient à distance du monde et des hommes. Il est un jouet aux mains des adultes qu’il cherche à séduire. Il comprend que son rôle dans la famille est minime. Il n’est là que pour amuser et conserver les liens. Il joue « un faux beau-rôle ». Les adultes se servent de lui. La possession donne une âme d’après lui et il n’avait rien : aucun héritage ni aucun projet, souvent laissé par le père. C’est à cause, ou grâce à, de cela qu’il écrit. Il n’a aucun lien avec son corps. Il le soigne pour vivre. Sa famille le surveille beaucoup car il a failli mourir à la naissance : il est l’enfant délicat nécessaire à toute famille distinguée. Il est jaloux d’un collègue de son grand-père M Simonnot. Il le sait important et lui constate qu’il n’est « rien » à cause de sa solitude. Avoir des préférences ne sert à rien si quelqu’un n’est pas en face pour les écouter. L’absence de M Simonnot lors d’une fête le rend totalement jaloux : car tous ressentent ce manque. Il voudrait manquer ainsi à tous les hommes. Il voulait être reconnu de suite. Il n’envisageait même pas qu’il fallait travailler pour devenir indispensable. Il continue sa comédie, il fait semblant d’être heureux, quand on le prend à rêver on ne comprend pas qu’il s’ennuie car il est trop gâté. Il s’ennuie mais ne s’en rend pas compte car il est toujours entouré. Sa mère lui répète sans cesse qu’il est le plus heureux des petits garçons, il est bien obligé d’y croire. Il a beaucoup côtoyé la mort. Il a été mis à l’écart lors de celle de sa grand-mère, il avait peur de mourir même si sa vie était inutile : « plus absurde est la vie, moins supportable la mort. » Il a cherché une réponse dans la religion mais celle-ci n’était pas satisfaisante. Il a été baptisé pour être normal même si on lui laisse le choix de ses croyances. Son grand-père l’a totalement écœuré de la religion. Lui n’a pas vraiment d’opinion propre comme toujours. Seule la déception de ne pas être reconnu l’a détourné de Dieu. Aujourd’hui, il comprend qu’il a manqué une vocation car il a mal compris Dieu : il ne regrette cependant pas cette occasion manquée. Son grand-père n’aime pas ses cheveux longs et l’emmène chez le coiffeur sans l’accord de sa mère. Il y a beaucoup de cachoteries et de surprises dans la famille. Sa mère est déprimée par la nouvelle coupe de son fils. De plus, avec les cheveux courts, il n’y a pas de doute : leur petite merveille est laide. Il n’a pas tout de suite compris pourquoi il plaisait moins alors il redoublait d’efforts sans beaucoup de résultats. Lors d’une représentation avec d’autres enfants, il s’est trop mis en avant et pris au sérieux : un autre garçon a séduit les adultes. Il ne sait pas être sincère, Il joue toujours la comédie pour plaire ce qui ne marche pas toujours lorsqu’il échoue, il grimace pour se protéger et se remettre sur pied. Sa solitude lui montre sa vraie nature : il est « horriblement naturel ». Il n’a rien d’exceptionnel en lui. Il se dit indispensable à l’Univers afin de trouver une raison de vivre. Il utilise une métaphore : le contrôleur et l’homme sans billet. La comédie familiale le laisse froid. Il se rebelle contre lui-même pour se construire. Tout se passait dans sa tête, il avait beaucoup d’imagination. Il a trouvé sa place dans les histoires pleines de danger qu’il s’inventait. Il a exclu sa famille de ces histoires. Il s’invente une vie de super-héros. A chaque fois que les remerciements et compliments commencent, il change d’histoire car cela lui rappelle son grand-père. Il se place comme vengeur de cette France battue dans laquelle il évolue. Il est fier de lui. Il ne venge pas la France en général, il aime les Allemands, mais les injustices privées. Il parle divertissement : théâtre et cinéma. Il l’apprécie. Il va souvent au cinéma avec sa mère. Son grand-père n’approuve pas et M Simonnot n’y est jamais allé. Il parle des séances du cinéma qui se révèlent comme des incursions dans un autre monde. Le cinéma prouve que les hommes peuvent être ensemble sans se massacrer : c’est inutile de les séparer comme au théâtre. Il se sent grandir avec le théâtre, il évolue avec lui. Il n’appréciait pas les grandes salles où le cérémonial théâtral lui paraissait incongru. Il adore le cinéma, il se sent à sa place dans le film alors qu’il n’en est pas le personnage : quand les lumières se rallument, il se sent à nouveau de trop. Il décide de vivre en musique comme les personnages de cinéma, encore muet ! Lorsque sa mère joue du piano, il s’invente un rôle sur le rythme de la musique. Lorsque sa mère ralentit, il joue un amoureux fou à qui on va enlever sa belle. Il aime le rôle du malheureux car il correspond à ce qu’il vit. Le fait que les histoires finissent bien le rassure : il finit par être reconnu ! Il attend son avenir avec hâte. Il en a assez d’être enfermé dans la répétition des mêmes actes et paroles. Il a eu une révélation avec Michel Strogoff. Il n’aime pas le personnage mais lui jalouse sa vie, son destin. Il se demande s’il y a des élus et s’il en fait partie. Il est embarrassé car pour lui être un héros c’est être au-dessus de tous alors comment expliquer un ordre de mission ? Et on ne peut pas s’imposer pour une mission si on veut être glorifié ? Il ne trouve pas de solution à cette opposition. Il mène une double vie mensongère mais n’a aucun mal de passer de l’un à l’autre. Il ne se perd jamais dans ses rêveries. Il est rejeté par les autres enfants : ses véritables juges. Sa mère en est indignée mais il ne veut pas qu’elle intervienne, il est trop fier. Son grand-père va le jeter dans une nouvelle imposture qui va changer sa vie.

Partie 2 : Lire : Son grand-père aimait écrire car il ne maitrisait pas bien la langue française. Il écrivait pour toutes les occasions. Il a pris gout à l’écriture car il répondait aux lettres en vers de son grand-père par des lettres en vers : il faisait à nouveau « la grande personne ». Il est passé à la prose après une expérience loupée : il voulait faire du cinéma. Il aime écrire mais il préfère transformer des textes existants : il se considère comme un auteur original. Il aime le jeu de l’écriture car c’est un jeu solitaire : il joue pour se sentir écrivain. Il passe le plagiat à l’extrême. Il écrit ce qu’il n’aimait pas lire : de longs passages instructifs qui reculent l’action. Il recopie même une partie du Grand Larousse. Cette action est une nouvelle étape de la comédie. Tous l’admirent sauf son grand-père ce qui lui permet de prendre du recul. Son grand-père a toujours renié son écriture car inspirée de ses « mauvaises lectures ». A cause, grâce à, de cela, sa mère a fini par ne plus le lire pour ne pas le peiner. Il continue cependant à écrire de façon clandestine pour son plaisir. Il écrit et son influence vient de ses lectures. Ses personnages sont seuls contre tous et la vraisemblance est rejetée hors de ses livres. Il se fait peur car avec l’écriture, il connait le mal sans conséquence à part celle de se sentir mal. Il est inquiet car il peut tout écrire et ce qu’il trouve dans sa mémoire fait même peur à sa mère. Il parle de ce qui était à la mode à cette époque : le spiritisme, le fantastique, l’autre monde. Il craint toutes ces histoires, il craint les livres qui les rapportent mais il continue de la lier et d’écrire ces mêmes histoires. Pour écrire ces « contes noirs », il devait être dans l’ambiance. Il ne termine jamais ces histoires-là. Il regrette de ne plus avoir ses cahiers qui contenaient toute son enfance. Il a commencé à exister grâce à l’école. Il n’est plus seulement un acteur de la comédie. Tout le monde sait qu’il écrira. Même si son grand-père ne l’encourage pas, il est fier que son petit-fils ait « la bosse de la littérature » ? Son grand-père n’approuve pas cette vocation mais ne veut pas le prendre de front pour ne pas l’encourager. Il veut que son petit-fils soit professeur d’allemand, il pourra toujours écrire. Il ne respecte rien de son grand-père que lorsqu’il fait preuve de son autorité silencieuse. Celui-ci l’a incité à poursuivre dans cette vocation contrairement à ce qu’il voulait faire. Son grand-père lui a fait comprendre que ses petites histoires ne sont que des tests avant la vraie écriture, la description des choses avec précision. Cette vocation l’ennuie car il voulait être illustre pour plus que quelques papiers. Il voulait écrire comme Pardaillon mais on lui disait d’écrire comme Voltaire. Il doit retrouver ses anciens amis et leur ressemble. Dans cette vocation choisie par son grand-père, il ne se voit aucun avenir. Il a été jeté dans la littérature par son grand-père qui voulait l’en débarrasser : il n’est pas un écrivain mineur. Il se demande encore si ses livres ne sont pas une volonté de plaire à son grand-père. Il sait qu’il n’est pas doué pour écrire. Ses livres « puent » le travail mais il ne peut pas s’empêcher d’écrire. Il est fort en thème mais ces hommes-là n’existent pas. Il ne retient rien de bon de son enfance. Il aurait préféré, à cette époque, être mort plutôt qu’invisible. Pour exister, il faut être désiré ce qu’il n’est plus depuis que la comédie familiale a pris fin. Tous les éloges le bloquent, il ne peut plus écrire. Il ne distingue plus l’écrivain du futur professeur. Il se croit dans une épopée où le héros a perdu ses forces. Pour sauver sa belle, il donne tout le pouvoir à l’écrivain. Il réalise que les écrivains « un peu vieux » sont acclamés et qu’ils sont attendus par le peuple. Anecdote de la gravure représentant l’arrivée de Dickens. Il ne pense alors attendre et il accepte sa vocation d’écrivain : il va faire attendre ses lecteurs pour qu’il l’apprécie mieux. Il est pleinement conscient d’être un écrivain mais son talent n’étant pas cautionné par Charles, il n’arrive pas à trouver sa place dans le monde. Lorsque Pardaillon et Cervantès, Jean-Paul Sartre est perturbé. Il veut oublier les chevaliers, même s’il les lit encore, et ne penser qu’aux hommes de lettres. Il rencontre un problème de taille : le monde l’attend mais pour quoi faire ? La seule réponse qu’il trouve, c’est « rien », cela le désespère. Il cherche un parti à soutenir mais on ne lui parle de rien. Son grand-père restait secret sur ses convictions politiques. Tout le monde lui assure que le monde va bien, il n’a aucune cause à défendre, il est « au chômage ». Finalement c’est son grand-père, contre son gré, qui va à nouveau l’aider : il avait des idées bien arrêtées sur le Bien, le Beau et le Mal. Il va écrire pour sauver l’humanité du Mal, pour que les hommes soient immortels à travers lui. Il ne se rend pas compte qu’on peut écrire pour être lui. Il écrit pour Dieu. Il refuse que l’humanité, qu’il méprise !, le reconnaisse comme son sauveur. Il s’excuse en disant qu’il était à la fois le Sauveur et le Sauvé. Il rappelle qu’il avait 9ans et qu’il n’était pas lu. Il écrivait pour écrire et non pour plaire. Il était vrai. Il veut donner des noms aux choses, il aime les mots car ils sont éternels. Il voudrait écrire comme un prisonnier. Il se séquestre par anticipation. Sa mère fantasme souvent sur l’avenir de son fils et lui raconte. Elle met tout ce qu’elle n’a pas eu dans sa vie à lui. Il se voit seul sur la table à écrire sans fin. C’est Dieu qui le fait écrire. Il ne veut pas avoir de talent, il veut être quelconque qui doit travailler pour faire un livre. Il fantasme sur les conséquences de ce qu’il a écrit. Il s’imagine soit triste pour toujours car détesté pour ce qu’il écrit soit triste car reclus malgré qu’il soit un auteur « à succès ». Ces aventures reflètent son enfance : il veut finir seul mais en ayant accompli une mission. Dans tous ses rêves, il y a un lieu commun : la gloire c’est la mort, il ne sert à plus rien d’écrire car on n’est plus homme, on est œuvre. Il sait maintenant que toutes ces images sont fausses mais il avait besoin d’elles pour naitre en tant qu’homme et écrivain. Il n’a plus cette peur de la mort qu’il n’arrive même plus envisager. Ses amis ne le comprennent pas, tous se moquent, il rit avec eux mais cela ne change rien, il n’est pas immortel, il a juste le temps. Il s’est persuadé qu’il était déjà mort pour ne plus craindre celle-ci. Il n’a jamais profité des choses de ce monde, il les a observées pour ses livres. L’avantage à « être mort », c’est que c’est aux autres de l’aimer. Il est grand car mort. Il vit posthume. Son comportement est indépendant de sa volonté : c’est la culture la responsable, elle fait vivre dans le passé. Il n’est qu’un instrument pour apporter une parole. Il parle de L’Enfance des hommes illustres, livre qui l’a beaucoup bouleversé parce qu’en racontant leur enfance, l’auteur fait toujours illusion au futur de ces grands hommes. Le fait que leur enfance annonce toute leur œuvre le perturbe. Il réfléchit à ce qu’il dit pout avoir si cela aura de l’importance. Il rêve à nouveau à un avenir romanesque. Un ami qui l’a lu le dit « atteint ». Lui ne voit que la vérité qu’il a finie par dépasser. Sa vocation lui a été imposée par les adultes, il ne l’a jamais comprise mais ne l’a jamais démentie non plus. Il a été désigné comme un grand homme, même s’il ne se connaît pas, il sera un grand homme. Il espère avoir son nom partout. Anecdote du fou qui se dit prince et cordonnier. A 11ans, il n’écrit plus, il est un élève moyen. Deux événements lui ont fait perdre le peu de raison qu’il lui restait. Le premier événement fut la guerre : l’héroïsme devient à la portée de tous. Le héros, c’est le peuple, il devient comme tout le monde. Il tente d’écrire mais son histoire enfreint toutes les règles. Son héros n’a rien de surprenant. Il découvre que ce qu’il écrit n’est pas la vérité : le Kaiser ne va pas renoncer à la guerre. Il découvre l’imagination et décide de ne plus écrire pour le moment. Il a abandonné ses lectures habituelles et a fouillé les revendeurs pour trouver ce qui lui plaisait. Sa passion pour New-York vient des lectures de Nick Carter. Il continue de dire qu’il écrira. Il entend deux voix dans sa tête. Il dit tout à sa mère, celle-ci ne s’inquiète pas. Il est très complice avec sa mère. Il a découvert le désir de l’homme pour la femme à travers les yeux de sa mère. Il se dégoute encore d’être un homme. Le deuxième événement est son inscription au lycée où il n’est pas le meilleur élève, loin de là. L’illusion du professeur aimant l’aide à avancer jusqu’à ce qu’il se soit habitué à la démocratie. Son inscription au lycée lui enleva le temps d’écrire. De plus, il était intégré, il avait des amis ce qui comptait beaucoup plus que la gloire de l’écrivain futur. Même dans leurs jeux, ils sont respectueux. Il ne doit jamais y avoir des problèmes, ils ne respectent pas les internes et les demi-pensionnaires car s’ils sont laissés par leurs parents c’est qu’ils le méritent. Il est très proche de Bercot avec qui il parlait littérature. Ils étaient tous en admiration devant Bénard. Il était très fragile. Sa mère sacrifiait tout pour lui. Bénard est mort en cours d’année. Tous en sont tristes. Il reste parmi eux, dans leur douleur. Arrivée de Nizan dans la classe, il ressemble beaucoup à Bénard mais il incarne le Mal. Sartre ne deviendra son véritable ami que beaucoup plus tard. Ils ont pourtant des points communs : littérature et écriture. Sa mission est toujours là même s’il n’y pense plus, elle le façonne. A 10ans, il a senti sa vie s’accélérer mais n’a pas recommencé à écrire : il a juste changé. Anecdote de Giacometti qui se fait renverser la terre n’est pas faite pour les artistes. Il accepte tous les problèmes car ils doivent mener à écrire un livre. Il s’en prend toujours à lui car ainsi le hasard n’a pas sa place. Il cherche toujours à progresser, comme le veut la société. Il pense que l’avenir le tire à lui. Ses personnages sont comme il aurait voulu être, imprévisible. Il se dit traitre car il change facilement d’avis : il est traitre à lui-même. Il veut que la dernière œuvre, qu’il écrit, soit la meilleure : cela va l’amener au chef-d’œuvre. Il vieillit et constate qu’il ne progresse plus. Il se ment à lui-même avec des trucages sans importance. A 10 ans, il n’avait pas encore sa manie d’écrivain : il n’était que son propre personnage romanesque. Son ennui le persécute. Il est impatient. Il cherche toujours un but mais il n’est qu’une mouche écrasée par un jeune garçon. Il vit de cette religion qu’il ne comprend pas. Il a peur de la fin du monde qui serait l’oubli total. Il ne croit pas en Dieu mais il a besoin d’un être invisible qui justifie sa vocation, du coup il est enfermé dans une pseudo-religion. Il est enfin sorti de son illusion mais il est redevenu cet homme sans but. Il écrit des livres car c’est son métier et qu’il en faut. Il n’a pas perdu ses espoirs d’enfant mais être connu de son vivant gâche sa gloire. Il est content : sa folie l’a empêché de se sentir supérieur. Il est comme tous les hommes ?

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