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4 articles avec explication de texte

Musset - Lorenzaccio - acte IV scène 11 (Explication de texte)

Publié le par litteratureetfrancais

EXPLICATION DE TEXTE : MUSSET, LORENZACCIO, ACTE IV SCENE 11

 

INTRODUCTION

            Musset publie Lorenzaccio en 1834 comme un « spectacle dans un fauteuil ». Pour l’écrire, il s’est inspiré de l’ouvrage que George Sand lui a confié : Une conspiration en 1537. Il n’en verra jamais la représentation de son vivant. Cette pièce est représentative d drame romantique qui a fait son apparition en France avec Hugo. En effet, Musset s’est libéré des règles classiques et a créé un véritable héros romantique en prise avec lui-même et le monde dans lequel il cherche sa place. Nous avons ici l’acte IV, scène 11 qui est l’une des scènes attendues car il s’agit du meurtre du duc Alexandre par Lorenzo. Elle pourrait constituer la fin de la pièce mais nous verrons qu’il s’agit en fait d’un faux-dénouement destiné à créer un nouvel horizon d’attente.

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                        Dans cette scène, il y a trois personnages : Lorenzo, le Duc et Scoronconcolo (le maître d’armes). Il s’agit de la scène qui va libérer Lorenzo : il va enfin mettre son projet à exécution. Cette scène est typique du drame romantique : elle ajoute à la violence du meurtre, un lyrisme libérateur. En quoi cette scène qui est un faux-dénouement annonce-t’elle déjà l’acte V ? La scène se décompose en 3 mouvements : l.1 à 23 : la préparation du meurtre, l.23 à 28 : le meurtre proprement dit et l.29 à 50 : la libération de Lorenzo.

EXPLICATION

Lignes 1 à 23 : la préparation du meurtre

LE DUC :

  • Didascalie initiale : lieu intime où le masque tombe. Confiance du Duc.
  • « mignon » : qualificatif familier qui sous Henri III désignait les favoris du roi avec connotation homosexuelle
  • Le froid du duc annonce sa mort.
  • La question : doute ou impatience ?

LORENZO :

  • Double énonciation : « il est toujours bon d’avoir une arme sous la main » : le lecteur attend le meurtre.
  • Didascalie nécessaire au lecteur pour compréhension
  • Rapport de force : vous-tu

LE DUC :

  • Grossièreté du personnage : façon de parler des femmes + « la Catherine » : dénomination péjorative.
  • Critique du langage : refus de jouer un langage c’est pourquoi il préfère se coucher plutôt que de parler.
  • L’intimité de la chambre ou la seule présence de Lorenzo permet d’enlever le masque.
  • « la Catherine » : tante de Lorenzo, elle est l’appât.
  • Nouvelle question : doute ? annonce de la fuite avec « chevaux de poste » : le meurtre est prémédité.

LORENZO :

  • La réponse spontanée est rassurante. Elle a été préparée comme le meurtre.

LE DUC :

  • Ordre avec impératif + « donc » conclusif = seul intérêt : le plaisir
  • Moment de coupure
  • « ta tante » : associe encore une fois Lorenzo à son plaisir => case de sa mort la plus proche.

LORENZO :

  • Réponse assertive qui répond à l’ordre
  • Didascalie conforte encore le Duc

LE DUC :

  • Nouvelle critique du langage qui fait jouer un rôle. Seul le plaisir physique importe.
  • « j’ai soupé comme trois moines » : blasphémateur. « mes chères entrailles » reprend l’acte I, scène 1 = plaisir encore lié au péché.
  • Court monologue qui révèle la vraie nature du Duc. Il est conscient de sa grossièreté : « ce sera peut-être cavalier » c’est-à-dire inconvenant.

Lignes 23 à 28 : le meurtre (attendu depuis l’acte III suite à l’annonce de l’acte à Philippe Strozzi)

LORENZO :

  • Le meurtre se fait en 3 didascalies : violence grâce à la rapidité.
  • « seigneur » : prise de distance, garde sa place de valet
  • Question rhétorique : aucun attendrissement + nouvelle marque de confiance

LE DUC :

  • « c’est toi Renzo » : surprise + référence à Brutus
  • Renzo : véritable identité de Lorenzo ? volonté de retrouver celui qu’il était pour sa mère
  • « Renzo » : surnom affectif qi montre sa confiance + accentue horreur du drame

LORENZO :

  • Reprise de « Seigneur » = nouvelle distance
  • « n’en doutez pas » = réaffirme sa volonté de changer et d’abandonner son masque ?
  • « n’en doutez pas » = affirme son caractère meurtrier

SCORONCONCOLO :

  • Arrivée du maitre d’armes : faire valoir de Lorenzo
  • « est-ce fait ? » : brutalité de la formule marque la brutalité de l’acte + préméditation
  • C’est une question rhétorique

Lignes 29 à 50 : la libération de Lorenzo

LORENZO :

  • « regarde » : ordre ? prise à distance vis-à-vis de Scoronconcolo ?
  • Morsure : côté bestial du Duc + seul réaction de Lorenzo : anti-héros romantique
  • Bague sanglante : métaphore de la morsure

Anneau : lié au duc à jamais malgré la volonté de se libérer.

Noces : jour attendu depuis le début par Lorenzo et le lecteur. Sang = défloration. Epée = symbole phallique

SCORONCONCOLO :

  • Exclamatives marque la découverte de la victime + début de la peur = il a conscience de ce qui va suivre.
  • Sa peur va faire contraste avec la réaction de Lorenzo
  • Sa réaction montre qu’il ne s’agit plus d’un acte politique mais individuel et libérateur.

LORENZO :

  • Didascalie : ouverture sur le monde : romantisme
  • Exclamatives (s’opposent à celles de Scoronconcolo) : explosion bonheur = lyrisme libérateur
  • Renaissance avec « Respire »
  • Oxymore « cœur navré de joie » = complexité du héros romantique : attitude froide lors du meurtre + délire lié à la libération

SCORONCONCOLO :

  • Réaction annonce celle du peuple acte V
  • Volonté de fuite avec son maître

LORENZO :

  • Douceur du soir s’oppose au froid du Duc (l.1) = représente le cœur de Lorenzo
  • Nouvelles exclamatives lyrique
  • Retrouve le poète que sa mère regrettait
  • Vocabulaire de la mort annonce l’acte V

SCORONCONCOLO :

  • Viens -> venez, maître -> seigneur : volonté d’être plus ferme pour contrer l’aspect lyrique de Lorenzo pour la fuite.
  • Opposition vent va glacer / vent est doux
  • Sueur : 1er marque de la folie de Lorenzo ? = fièvre

LORENZO :

  • Toujours des exclamatives
  • N’écoute pas Scoronconcolo qui conseille la fuite = elle ne semble plus à l’ordre du jour.
  • « dieu de bonté » : surprenant Lorenzo est athée ?
  • Combiné à « quel moment ! » = instant de grâce = consécutif à une recherche de recueillement = Lorenzo a tout mis en place pour le tuer = libération personnelle

SCORONCONCOLO :

  • Didascalie : oubli Lorenzo : se désolidarise. Il représente le peuple qui va préférer tuer Lorenzo plutôt que de se soulever contre les Médicis.
  • Opposition entre « moi » et « son »
  • « son âme se dilate » = folie ?
  • « je prendrai les devants » + futur =  la fuite est urgente
  • Il veut fuir mais il ne peut pas

LORENZO :

  • Revient à la raison avec ordre + retour à la réalité avec éléments matériels
  • Rideau : fin de la pièce ?
  • Déterminant démonstratif « cette » = distance, ce n’est plus sa chambre

SCORONCONCOLO + LORENZO :

  • Frayeur : Pourvu que + exclamative.
  • 1ere fois que Lorenzo répond directement à Scoronconcolo (Référence Acte III, scène 1) = préméditation du meurtre.
  • Fait penser à une simple répétition.
  • « tapage » : bruit de combat à l’épée.
  • Quittent la pièce sans un regard pour le corps.

CONCLUSION

            Cette scène pourrait être la dernière de la pièce. En effet, elle représente le meurtre attendu depuis le début et montre la libération de Lorenzo. Cependant il s’agit en fait d’un faux-dénouement car elle annonce en réalité l’acte V avec la mort de Lorenzo et l’échec de la révolte.

            Ce drame romantique dont le héros est complexe car sans arrêt caché par un masque qu’il ne distingue plus lui-même est représentatif de toute une génération qui a connu la Révolution de juillet 1830. En effet, Lorenzo, comme le peuple français, tente de renverser une dynastie pour laisser la place au peuple sans succès. Pour Lorenzo, le peuple aura peut et préfère tuer le révolutionnaire. Pour la France, il n’y aura qu’un changement de dynastie (Charles X -> Louis-Philippe Ier)

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La Fontaine - La femme noyée (Explication de texte)

Publié le par litteratureetfrancais

EXPLICATION DE TEXTE : LA FONTAINE, LA FEMME NOYEE

 

INTRODUCTION

            Jean de La Fontaine a commencé à publier ses Fables en 1668. En les intitulant « Fables choisies, mises en vers par M de La Fontaine », il se place dans la lignée des grands fabulistes antiques tels qu’Esope dont il s’inspire très largement pour ses propres écrits comme le veut son appartenance aux Anciens. La fable est un apologue en forme de récit allégorique mettant souvent en œuvre des animaux auquel qu’ajoute une moralité. Dans sa préface, La Fontaine définit ainsi l’apologue : « L’apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l’un le corps, l’autre l’âme. Le corps est la fable, l’âme la moralité. ». Nous avons ici la 16 e fable du livre III et donc de la 1ere édition. Il ne s’agit pas ici d’une fable se servant d’animaux. Le sujet de la fable, intitulée La femme noyée, est en fait un défaut supposé de la femme : l’esprit de contradiction.

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            Le poème composé en alexandrins et octosyllabes correspond tout à fait au rythme qu’aime donner La Fontaine à ses écrits. Ce rythme mélange narration et dialogue comme il mélange les vers. Comment La Fontaine réussit-il à critiquer la nature féminine tout en la prenant pas à son compte et en faisant ainsi un sujet de fable : amusant et universel ? Comme toutes les fables, celles-ci est très organisée : Les vers 1 à 8 servent de présentation à la fable, les vers 9 à 24 correspondent à la fable elle-même et les vers 25 à 33 correspondent à la morale.

EXPLICATION

TITRE :

  • L’article défini « la » marque la volonté de généraliser. En effet il s’agit de l’universalité de la fable comme le dit la définition de l’apologue : « récit qui raconte une anecdote à la P3 de telle manière que cela ait une valeur universelle pour l’illustration d’une question morale ».
  • Le participe passé exprime une action terminée. Cela ne donne pas d’indications sur le sujet, on ne peut plus la sauver.

= > Cette fable est comme la plupart des fables de La Fontaine une réécriture même si sa filiation n’est pas certaine. A-t’il repris le thème de Marie de France ou celui de Verdizotti (fabuliste italien du XVIe siècle) ?

VERS 1 A 2 :

  • La Fontaine commence par marquer une distance avec les autres « je » se distingue de « ceux » dès le 1er hémistiche cela marque son importance pour l’auteur.
  • « ceux qui disent » = généralité : la fable doit concerner tout le monde ce qui se confirme par la valeur du présent qu’on peut comprendre comme un présent de vérité générale : La Fontaine ne dit jamais la même chose que les autres.
  • « ce n’est rien » : le pronom démonstratif « ce » cataphorique annonce un « rien » qui marque l’inutilité de s’occuper  de ce qui est en cours pourtant « c’est une femme qui se noie ». le présent marque une action en cours jugée visiblement sans importance. Cela s’oppose au titre où l’action était terminée : en effet la participe passé a une valeur d’accompli.
  • De même ici, on a « une femme » : il y a donc dans un certain sens la perte du caractère universel que l’on avait dans le titre mais on apprend que c’était  déjà un proverbe à l’époque de La Fontaine, il y a donc quand même un sens universel.

VERS 3 A 4 :

  • « Je dis que c’est beaucoup » :

C’est une nouvelle prise à distance avec les autres (cf. vers 1)

« Rien » s’oppose à « Beaucoup » tout comme le « je dis » qui est ici fortement assertif

Il y a de la part de La Fontaine la volonté d’être un galant homme et non pas un misogyne. Un galant homme étant au 17e siècle, d’après le dictionnaire de Furetière, un homme qui a l’air de la cour, les manières agréables, qui tache à plaire et particulièrement au beau sexe c’est-à-dire aux femmes. Il ne peut donc pas dire que la noyade de l’une d’elle est sans importance.

  • « ce sexe » désigne les femmes en opposition avec « nous » pour les hommes, cela semble péjoratif : il n’y a pas d’égalité homme-femme.
  • « vaut bien » signifie mérite bien c’est une évidence.
  • « puisqu’il fait notre joie » : raison du regret semble futile : il doit y avoir une raison valable ici c’est le plaisir.

VERS 5 A 8 :

  • Symétrie de construction avec le vers 1 : « je » et « hors de propos » qui rappelle l’adverbe  « rien ». Il y a cependant opposition. Les autres parlaient pour ne rien dire alors que ce n’est pas le cas de La Fontaine (est-ce une façon de décrédibiliser ses adversaires ?)
  • Allitération en « f » vers 6à 8 : les mots dans lesquels le « f » est utilisé résume le but de la fable : en effet, il s’agit d’un développement du titre accentué au vers 8 par  l’usage de l’alexandrin.
  • Le mot déplorable signifie au 17e siècle « qui mérite d’être pleuré » : il prouve ainsi sa galanterie et contredit le « rien » du vers 1.
  • Début de la fable est une situation initiale surprenante : la femme s’est déjà noyée, on ne s’attarde  pas sur les circonstances. On a une opposition entre le plus-que-parfait du vers 8 et le présent du vers 2 (au vers 2 nous étions dans un proverbe, une généralité, au vers 8 on est dans un cas bien précis décrit par le poète)
  • Au vers 7 « une femme », l’article indéfini montre que l’on arrive à une anecdote privée, personnelle dont la portée va être universelle grâce à la fable elle-même rendue particulière par le déterminant démonstratif « cette ».
  • Le mot « sort » ne désigne pas la fatalité au 17e siècle, en effet Furetière définit le sort comme ce qui arrive fortuitement, par une cause inconnue qui n’est ni réglée ni certaine.

VERS 9 A 14 :

  • Le retour des octosyllabes marque un élément perturbateur. Il peut y avoir 2 sens à cette perturbation :

= le mari ne retrouve pas le corps de sa femme, on est dans la recherche

= la surprise, malgré l’aspect déplorable de l’accident, il n’y a aucune tristesse, la mort n’est pas importante seul le corps importe.

  • Les rimes qui étaient croisées jusque-là deviennent embrassées car on entre dans la dynamique du couple comme le montre l’expression « son Epoux »
  • On peut s’interroger sur le rôle des majuscules à Epoux (vers 9) mais également à Mari (vers 15) et à Femme (vers 16). Est-ce une façon de nommer les personnages tout en leur laissant une valeur universelle. Ainsi tous les couples pourront s’identifier à celui de la fable ?
  • On retrouve ici un vocabulaire épique : aventure, les honneurs. Il s’agit de la bienséance : il faut honorer le corps du défunt (cf. Antigone qui était prête à tout pour rendre les honneurs au corps de Polynice).
  • Le mot « disgrâce » peut avoir deux sens au 17e : La disgrâce comme perte de la faveur des hommes (ce qui est arrivé à Antigone) mais également malheur, accident. Le fleuve est donc celui qui a causé la disgrâce de la femme car si l’on ne retrouve pas son corps elle ne connaitra pas les honneurs nécessaires pour rejoindre le paradis mais il est aussi l’auteur de son malheur, c’est lui qui l’a tuée.
  • L’ardeur d’Antigone à vouloir sauver son frère est reprise dans l’imparfait duratif du vers 9 « cherchait » qui montre une quête inlassable.
  • Vers 12 : passage de l’imparfait au passé simple : c’est un rebondissement avec l’arrivée de nouveaux protagonistes « des gens » (vers 14). Ils ne peuvent pas être témoins comme le marque l’imparfait du verbe « promener » combiné au gérondif « en ignorant » Il ne sont au courant de rien.

VERS  15 A 24 :

  • On entre dans le cœur de la fable : on va nous énoncer un défaut de la femme.
  • « Donc » (vers 15) : conjonction de coordination de sens conclusif. Il est évident que le mari demande de l’aide aux deux hommes et pourtant il y a un élargissement aux femmes en général.
  • Arrêtons-nous sur la forme du discours :

= Indirect pour le mari : la recherche passe au second plan, elle est de moindre importance.

= direct pour la réponse « des gens » : ce qu’ils disent est plus important et en effet le passage au discours direct résume le but de la fable (vers 23 : « l’esprit de contradiction ») De même les impératifs donne une autorité à ces hommes qui rappelons-le ne sont même pas témoins de la scène.

  • L’esprit de contradiction qui semble inhérent aux femmes est pourtant présent ici entre les deux hommes qui ne sont pas d’accord : il s’agit d’une présentation argumentée, le 2e argument (l’esprit de contradiction) est utilisé en dernier pour montrer sa force et l’impossibilité de le réfuter.
  • La reprise de « nulle » (vers 16-17) montre un échange rapide entre les hommes présents.
  • Vers 21 : il y a ici un jeu de mot avec le mot « inclination », en effet au 17e le mot inclinaison n’existe pas encore donc ici le substantif inclination marque la pente du fleuve mais également la force intérieure et naturelle de la femme à n’en faire qu’à sa tête.
  • « Qu’elle que soit » (vers 21) ajoute à l’universalité de la fable + futur du vers 24 qui exprime une certitude malgré l’incongruité de la chose

VERS 25 A 29 :

  • « Cet homme » vers 25 marque une distance avec le poète et l’homme qui parlait ce qui est complété par « hors de saison » qui signifie qu’il ne parle pas au bon moment. Cette mise à distance est reprise au vers 27 (« je ne sais s’il avait raison ») ce vers au présent accompagné de la tournure négative est une forme d’écriture galante du 17e siècle.
  • Avec le vers 28 et l’utilisation de la corrélation « soit, ou non », le poète ne prend pas position : en effet, il prépare la morale (qui doit être universelle et donc ne porter aucune marque de subjectivité). Comme on l’a déjà dit plus tôt, il se place en galant homme.
  • La reprise du mot « pente » au vers 29 (déjà présent au vers 21) reprend le jeu de mots entre les différents sens du mot « inclination ». de plus, même s’il ne le prend pas à son compte, La Fontaine dit explicitement pour la première fois que l’esprit de contradiction est un défaut propre à la femme (vers 29).

VERS 30 A 33 :

  • Ces vers constitue la morale de la fable.
  • Jeu sur les pronoms : le « elle » reprend l’humeur ou la femme ?
  • On peut se demander quelle est la position du poète, ainsi la morale est assertive, inévitable :

= les futurs marquent la certitude

= « sans faute » => modalisation qui ne laisse aucune exception possible.

= caractère universel et durable avec les verbes antithétiques « naitre » et « mourir » en fin des vers 30 et 31.

= accentué par les expressions temporelles « jusqu’au bout » et « encore par-delà » : cela nous place dans  un au-delà où le défaut continuerait d’exister ce qui constitue l’histoire de la fable : même noyée, la femme contredit la nature en remontant le fleuve : il s’agit là d’un comique de l’excès.

 

CONCLUSION

            La Fontaine réussit ici à critiquer la nature féminine sans jamais passer pour un misogyne. Il s’exprime comme un galant homme du 17e siècle et obtient ainsi les faveurs du public féminin qui voit dans sa fable plus une défense qu’une attaque. En effet, la morale, universelle, dit qu’une personne (homme ou femme) née déraisonnable le restera. Il n’adopte jamais une position compromettante.

            La Fontaine apparait toujours dans ses fables comme un honnête homme inscrit dans l’esthétique et la morale de son siècle même si ses Fables sont toujours d’actualité. La Fontaine, lorsqu’il n’utilise pas son bestiaire habituel, aborde des défauts correspondants à des passions touchant l’esprit humain. Son but étant de montrer le caractère incurable de ces maux ce qui va à l’encontre du but cathartique du théâtre classique.

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Voltaire - Poème sur le désastre de Lisbonne (Explication de texte)

Publié le par litteratureetfrancais

EXPLICATION DE TEXTE : VOLTAIRE, POEME SUR LE DESASTRE DE LISBONNE (1756)

 

INTRODUCTION

            Voltaire, grand philosophe du XVIIIe siècle, écrit en 1756, le Poème sur le désastre de Lisbonne. Celui-ci a eu lieu un an auparavant en 1755 et a causé de nombreux dégâts matériels et humains. Il se sert de son poème, véritable tableau apocalyptique, pour critiquer l’ Optimisme de Leibniz comme le montre le sous-titre du poème « examen de cet axiome : Tout est bien », théorie qui dit que rien ne peut être aussi parfait que Dieu donc le monde n’est pas parfait mais comme Dieu est bon alors il a créé le meilleur des mondes possibles et tout mal sera forcément suivi d’un bien beaucoup plus grand. Malgré sa dimension philosophique et polémique, ce poème est tout de même un hommage plein de compassion pour les victimes du tremblement de terre.

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            Avec le choix de l’alexandrin, Voltaire choisit de s’inscrire dans la tradition de la tragédie : son poème en devient plus fort. En effet, le thème qu’il traite ici est tragique : une catastrophe naturelle s’abat sur des hommes qui ne peuvent pas lutter. Les rimes plates, quant à elle, relient ensemble des mots qui sont ainsi renforcés comme nous les verrons plus tard. Nous verrons donc comment à travers une description pathétique, Voltaire organise son poème en texte argumentatif pour dénoncer la pensée de Leibniz et donc l’Optimisme.

 

EXPLICATION

TITRE :

  • Titre explicatif de ce qui va suivre : Voltaire va nous parler de ce qui s’est passé à Lisbonne et nous en dresser un tableau.
  • On constate qu’il n’y a ici aucune allusion à la critique qui va suivre.
  • Il faut commenter ici le substantif « désastre » qui appartient déjà au registre pathétique que va utiliser Voltaire tout au long du poème. Le mot « désastre » signifie : drame affreux qui anéantit les projets, démolit les perspectives, détruit les espérances. Nous verrons à quel point cette définition est chère à Voltaire.

 

VERS 1 A 3 :

  • Le poème s’ouvre sur des apostrophes : « O malheureux mortels ! ô terre déplorable ! O de tous les mortels assemblage effroyable !». L’utilisation de l’interjection « ô » est typique du registre pathétique voire tragique : Voltaire cherche à inspirer de la pitié aux hommes ce qui est accentué par la présence de la syntaxe affective avec 4 points d’exclamation pour 3vers.  
  • Ces apostrophes s’adressent en effet au monde entier comme le montre l’emploi du substantif « mortels ». Voltaire a besoin que tout le monde se sente concerné par ce qu’il va dire pour pouvoir défendre ses théories.
  • Le vers 3 semble indiquer que les hommes provoquent leurs douleurs comme le montre l’adjectif « inutiles » qui l’accompagnent. De même l’adjectif « déplorable » qui signifie dans un sens un peu vieilli «  qui inspire des sentiments de douleur, de tristesse, de compassion » montre la cruauté de la vie humaine.

= > Ces premiers vers permettent à Voltaire d’interpeller le lecteur pour l’inclure dans le désastre que vivent les habitants de Lisbonne. Le pathétique et le tragique de ces vers ainsi que les apostrophes sont dignes d’une tragédie antique.

VERS 4 :

  • Il s’agit du vers qui va marquer le début de la critique de l’optimisme ainsi que la thèse qu’il veut dévaloriser.
  • « Philosophes trompés » est à nouveau une apostrophe mais celle-ci est plus brutale et cible des personnes précises : les philosophes trompés c’est-à-dire les philosophes de l’optimisme tel Leibniz.
  • Le verbe tromper signifie donner volontairement une idée erronée sur la réalité, les philosophes (qui sont des amis de la sagesse et donc de la vérité) ont été induit en erreur par Leibniz. On constate ici que Voltaire ne semble pas les accuser seulement le fait qu’ils défendent également cette philosophie en fait des trompés mais également des trompeurs.
  • « Tout est bien » qui est donc « crié » par les philosophes est leur devise. Cela signifie que même le tremblement de terre qui a détruit Lisbonne a une bonne raison s’avoir eu lieu, raison que seul Dieu connaît.
  • On peut se demander si l’utilisation du verbe « crier » n’est pas déjà une critique : les philosophes crient leur devise par-dessus les cris et les pleurs des victimes.

VERS 5 A 12 :

  • On a ici le début de la description des dégâts provoqués par le tremblement de terre : c’est une hypotypose (description réaliste, animée et frappante de la scène dont on veut donner une représentation imagée et comme vécue à l’instant.) En effet, l’impératif des verbes « accourez » et « contemplez », le pronom démonstratif « ces » et le présent du verbe « terminer » (vers 11) font de ce tableau un drame en cours ce qui permet à Voltaire d’amplifier le pathétique de la scène.
  • Le verbe « contempler » est à commenter, il est en effet polysémique :

1er sens : Considérer avec une assiduité qui engage les sens ou l’intelligence un objet qui est ou peut-être digne d’admiration = On a effectivement ici une description qui fait appel à tous les sens (« spectacle » au vers 14 ; « cris » vers 13 ; « dévore » au vers 9,…) seulement ce n’est pas un objet digne d’admiration que ce chaos.

2e sens : en philosophie cela signifie : se livrer à la considération théorétique (qui a pour objet la théorie) des principes intelligibles au terme d’une analyse discursive. Ce sens semble plus proche de ce que demande Voltaire, il veut que les philosophes de l’optimisme observe les ravages du tremblement de terre et arrêtent alors de croire que « Tout est bien ».

  • Ce passage se construit sur une succession d’accumulation anaphorique « ces débris, ces lambeaux » (vers 6), « ces femmes, ces enfants » (vers 7), « sanglants, déchirés » (vers 10) contenue dans une seule et même phrase. L’utilisation de la juxtaposition montre le chaos qui règne à Lisbonne. De plus, cette description pathétique qui cherche à provoquer la compassion du lecteur (et des philosophes ?) marque une gradation voire l’exagération : Voltaire utilise au vers 8  le substantif « marbre » qui est un matériau noble (lien avec la tragédie ?) mais il est évident que tous les bâtiments de Lisbonne n’étaient pas construits avec celui-ci.  L’expression « Cent mille infortunés » au vers 9 est hyperbolique, il n’y a pas eu plus de 50 000 victimes lors de cette catastrophe mais l’exagération permet à Voltaire d’horrifier encore plus le lecteur. Les adjectifs « entassés » et « dispersés » placés à la rime (vers 7et 8) montrent l’étendue des dégâts : Lisbonne est ravagée, cela est accentué par les expressions contradictoires « l’un sur l’autre » et « sous ces marbres »

= > Ces vers 5 à 12 sont donc un tableau apocalyptique et tragique que Voltaire offre au lecteur. Nous verrons que celui-ci va servir son argumentation comme étant un exemple de ce que « Tout n’est pas bien dans le meilleur des monde »

VERS 13 A 20 :

  • Les vers 13 et 14 s’ouvrent sur des rappels d’un tableau sensible : « cris » et « spectacle effrayant » qui permet à Voltaire de résumer ce qui a été représenté.
  • Des vers 15 à 20 se développent une série de questions rhétoriques qui vont aider le poète à détruire la théorie de Leibniz :

Tout d’abord, le verbe introducteur au futur (repris pour les 2questions) : « direz-vous » est une première attaque que l’on pourrait paraphraser par « oserez-vous dire ». De fait, le poète veut forcer les philosophes à chercher une explication plausible à ce désastre. Il se sert de la persuasion pour faire adhérer le lecteur à sa thèse.

La première question « C’est l’effet des éternelles lois qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix ? » sous-entend que leur théorie est mauvaise, si Dieu est si bon il ne peut pas édicter des lois si cruelles qui font mourir des milliers de personnes.

La seconde question, précédée par l’expression « amas de victimes » introduit une réponse qu’aurait pu donner les philosophes « Dieu s’est vengé, leur mort est  le prix de leurs crimes ». Argument qu’il va contrer assez facilement avec l’image des « enfants » qui sont le symbole de l’innocence d’autant plus que ces enfants sont encore « sur le sein maternel » : Voltaire empêche ainsi les philosophes de répliquer car ils ne prouveraient alors que l’injustice de la chose.

= > Les questions rhétoriques étaient une manière pour Voltaire de donner la parole à ses adversaires tout en leur refusant un véritable droit de réponse. Voltaire ne cherche pas à convaincre (utilisation de la raison) mais bien à persuader d’où l’utilisation du registre tragique (« expirantes » vers 13, « victimes » vers 17, « mort » vers 18 ou encore « écrasés et sanglants » vers 20)

VERS 21 A 23 :

  • Il s’agit de la première fois que la ville ou le désastre a eu lieu est citée comme pour la faire vivre ce qui est tout de suite annulé par l’apposition « qui n’est plus » qui finit le premier hémistiche.
  • Ces vers opposent les villes de Lisbonne et de Paris tout en les comparant de façon rhétorique pour montrer l’incohérence de ce qui est arrivé ce qui est accentué par les rimes « vices » et « délices » qui semblent représenter la même idée seulement l’une est positive alors que l’autre est péjorative.
  • L’adjectif « plongés » (vers 22) accentue l’horreur du lecteur car il fait référence au raz-de-marée qui a suivi le tremblement de terre : pendant qu’à Lisbonne des gens se noient, à Paris on prend du plaisir ce qui est confirmé par le vers suivant « Lisbonne est abimée, et l’on danse à Paris » : la structure « et l’on » pourrait être remplacée par « alors qu’on » et serait alors accusatrice. Tout l’art de Voltaire réside dans l’implicite voire l’ironie.

VERS 24 A 28 :

  • Ici Voltaire veut montrer qu’il est facile d’être cohérent quand on n’est pas frappé par le malheur. Ainsi il dit des philosophes qui sont en paix qu’ils sont tranquilles et intrépides c’est-à-dire qu’ils ne tremblent pas devant le danger.
  • L’opposition entre les pronoms « vous » et « nous » montrent la différence qu’il y a avec les philosophes car eux ne sont compatissants que « quand ils sentent les coups » (vers 27).
  • Avec le « nous » qui englobe le poète et surement le lecteur pour créer une connivence, Voltaire apparait enfin dans le poème, il se montre tout le contraire des philosophes car lui « pleure » dès le début.

VERS 29 A 30 :

  • « Croyez-moi » : le poète s’implique cette fois totalement dans son argumentation et demande une adhésion complète car contrairement à ce qu’il dit des philosophes précédemment : lui est sincère (« légitimes ») et bouleversé (« ma plainte ») dès que la terre ouvre ses abimes. L’abime étant dans le contexte religieux l’enfer en tant que lieu souterrain réservé aux damnés et aux morts.
  • Voltaire n’a besoin que de deux vers pour exprimer sa peine alors que pour amener les philosophes à la compassion il a développé 5vers ce qui incite à nouveau le lecteur à adhérer à sa théorie.

VERS 31 A 35 :

  • Les vers 31 et 32 ont la même structure : un énoncé est italique et un présentatif qui le développe.

« Un jour tout sera bien, voilà notre espérance » : L’espérance est une disposition de l’âme qui porte l’homme à considérer dans l’avenir un bien important qu’il désire et qu’il croit pouvoir se réaliser. Ainsi cette définition, sous-entend qu’un jour, tout ira bien sur terre. Mais la polysémie du mot rend cet énoncé ambigu, en effet dans la religion chrétienne l’espérance est une vertu surnaturelle par laquelle les croyants attendent de Dieu sa grâce en ce monde et la gloire éternelle dans l’autre. Voltaire sous-entend-il que tout ne peut être bien qu’au paradis ?

« Tout est bien aujourd’hui, voilà notre illusion » remet en question l’axiome optimiste : aujourd’hui ce n’est pas le cas, il ne s’agit que d’une illusion, d’une perception erronée de la réalité ce qui rappelle le fait que les philosophes sont « trompés » au vers 4.

  • Le vers 33 est en fait une antithèse : les sages sont les philosophes qui étaient trompés au vers 4 et qui trompent ici. Le pronom personnel complément montre que Voltaire a connu cette illusion mais l’imparfait indique que c’est fini cela sera détaillé dans les vers 36 et 37.
  • De même, il confirme sa confiance en Dieu et se dit soumis, il ne s’élèvera pas contre la Providence mais cela n’empêche ni les soupirs ni la souffrance. Il ne critique pas Dieu mais ceux qui pensent que Dieu a laissé le mal sur terre. (vers 34-35)

VERS 36 A 37 :

  • Ces vers introduisent l’explication de ce qui était dit au vers 33. En effet, Voltaire a, dans sa jeunesse été crédule (d’où le fait qu’il a été trompé) et a cru à la philosophie de Leibniz. Ainsi dans une des Lettres philosophiques sur le bonheur sur terre, il a écrit : « Penser que la terre, les hommes et les animaux sont ce qu’ils doivent être dans l’ordre de la Providence est, je crois, d’un homme sage. »
  • « les séduisantes lois » dont il parle sont-elles celles de la providence ?

VERS 38 A 41 :

  • « D’autres temps, d’autres mœurs » : indique que le temps est passé ce qui est confirmé par « la vieillesse » qui lui a donné de la sagesse sens que l’on peut donner à « instruit » (qui a acquis une somme de connaissances)
  • Le verbe « éclairer » du vers 40 fait référence au siècle des Lumières : il faut sortir de « l’épaisse nuit » pour bien penser (l’épaisse nuit étant sa jeunesse). On peut également y voir une référence à la caverne de Platon : il faut sortir des profondeurs pour accéder à la lumière et donc à la connaissance.

VERS 42 A 46 :

  • Voltaire introduit ici une dernière leçon de morale qu’il place ailleurs qu’en France pour en montrer l’universalité. Ainsi, le calife (qui est un souverain musulman) veut avant sa mort rentre à Dieu ce qu’il n’a pas. Il fait alors une énumération de ce qui n’est pas au paradis (vers 46).

VERS 47 :

  • Le dernier vers s’ouvre sur un « Mais »  qui ne marque pas une réelle opposition mais plutôt combiné avec le « encore »  un ajout. Pour Voltaire, s’il n’y a plus de maux sur terre, l’espérance n’est plus alors nécessaire. Elle doit être là où les maux se trouvent.
  • On peut y voir une dernière référence mythologique à la boite de Pandore qui avait laissé échapper tous les maux de la terre mais qui avait refermé la boite sur l’espoir.

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CONCLUSION

            Voltaire réussit ici un coup de maître en plus d’exprimer sa compassion pour les victimes du tremblement de terre, il remet en cause toute la philosophie de Leibniz et montre que le seul élément vraiment positif dans le monde c’est l’espérance, mot qui termine d’ailleurs son poème.

            Cette catastrophe naturelle a bouleversé les philosophes du XVIIIe siècle même s’ils ne sont pas tous aussi pessimistes que l’est Voltaire, cela provoquera d’ailleurs un vif débat avec Jean-Jacques Rousseau qui répondra aux attaques de Voltaire sur l‘Optimisme dans sa Lettre sur la Providence publiée la même année. Finalement 3ans plus tard, en 1759, Voltaire publiera Candide ou l’optimisme dans lequel il continuera et accentuera sa critique allant jusqu’à créer un représentant de Leibniz : Pangloss et la victime de sa philosophie : Candide

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Louise Labé - Sonnet 8 (Explication de texte)

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EXPLICATION DE TEXTE : LOUISE LABE SONNET 8

 

INTRODUCTION

            Ce sonnet a été écrit par Louise Labé au XVIe siècle et publié en 1555 sous le titre Œuvres qui regroupe des types de textes différents (Sonnets, Elégies, Débat de Folie et d’Amour). Il s’agit du 8e sonnet d’un recueil en comportant 24 (si l’on compte le 1er sonnet intégralement écrit en italien). Il s’agit d’un sonnet d’inspiration pétrarquiste (inspiration que l’on rencontre fréquemment à cette époque jusque dans les écrits de la Pléiade avec Ronsard par exemple)  basé sur la contradiction des sentiments amoureux.

Petite pause

LECTURE

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            Il s’agit donc d’un sonnet amoureux écrit en décasyllabe sur le modèle abba abba cdc cdd. Celui-ci est écrit par une femme ce qui bouleverse les topoï établis par une littérature majoritairement masculine. Ainsi, Louise Labé, que l’on peut supposer être l’amante ici représentée, utilise un « je » lyrique grâce auquel elle exprime le désordre de son âme provoqué par l’Amour. Les quatrains décrivent la contradiction des sentiments amoureux alors que les tercets en donnent une explication. Ce sonnet mélange tous les effets de l’Amour et montre en fait le cri d’une amante qui souffre de sa situation et de l’absence de son amant.

 

EXPLICATION

VERS 1 :

  • Le sonnet s’ouvre sur le pronom personnel sujet de P1 « je » ce qui marque la forte implication de l’amante dans le sonnet ainsi que sa grande sensibilité.
  • Les termes antithétiques « vis/ meurs, brule/noye » coordonnés ou en parataxe (c’est-à-dire simplement séparés par une virgule) rendent compte de la souffrance amoureuse et de l’inconstance de l’amour. En effet, la mort par noyade apporte le froid contrairement à la mort par brulure (ce qui sera repris dans le vers suivant)
  • Louise Labé s’est clairement inspirée du Canzoniere de Pétrarque comme le montre ces vers :

Sonnet 134 : « et je crains et j’espère, je brule et je suis glacé »

Sonnet 178 : « me rassure et m’effraye, me brule et puis me glace »

  • Ce 1er vers explore donc déjà les différentes sentiments contradictoires que ressent l’amante.

VERS 2 :

  • La métaphore de la brulure toujours combinée au froid est reprise dans ce vers. L’adjectif « extrême » montre à quel point les sensations sont amplifiées voire incontrôlables.
  • Le verbe « endurer » qui signifie subir qqch de pénible combiné à l’utilisation du gérondif montre la passivité de l’amante ou plutôt son incapacité à faire autre chose que subir et que ces sentiments quoique totalement opposés sont simultanés.

VERS 3 :

  • C’est la 1ere fois que le vers ne s’ouvre pas avec un pronom de 1ere personne, en effet en plus des sentiments de l’amante la « vie » (Il faut faire une diérèse afin d’avoir un décasyllabe) semble être le centre du poème tant qu’elle reste liée à l’amour
  • La construction binaire en parallélisme avec la reprise de la conjonction « et » montre qu’il n’y a pas de juste milieu possible : le sentiment amoureux provoque un désordre de l’âme qu’il faut subir.
  • De même, on pourrait voir dans ce vers comme dans tout le sonnet une allusion érotique au sexe masculin avec les adjectifs « molle » et « dure » voire à la relation charnelle comme au vers 13 avec une allusion à un plaisir suprême. Cela constituerait une représentation de l’amant dans le sonnet.

VERS 4 :

  • La confusion s’amplifie ici.
  • La définition du participe passé entremêlé  résume bien le problème rencontré dans ce sonnet : mettre ensemble des choses qui ont entre elles une différence plus ou moins nette => il s’agit ici des ennuis et de la joie qui ne sont pas connus pour être vécu en même temps comme le montre leur signification. Ennuis : abattement causé par une grave peine + étymologiquement : tristesse profonde. Joie : émotion vive, limitée dans le temps, satisfaction effective ou imaginaire.
  • On constate que le sens du substantif  « joie » peut expliquer l’état de l’amante, en effet comme la joie ne peut pas durer elle est forcément mêlée à une tristesse qui traduirait une sorte d’appréhension.
  • Pour finir l’utilisation de l’adjectif « grans » semble indiquer que l’amante connait plus de souffrance que de bonheur.

VERS 5 :

  • « Tout à un coup » : précipitation du temps et intensité plus forte avec à nouveau le pronom personnel de P1 comme sujet qui est cette fois-ci répété devant chaque verbe comme pour insister sur le fait qu’il n’y a que l’amante qui souffre et qu’elle est donc au centre du poème. Avec « Tout en un coup » qui ouvre le vers 8 on a à nouveau affaire à un sonnet qui se clôt sur lui-même tel un cercle parfait.
  • On retrouve ici le je lyrique car Louise Labé exprime des sentiments intimes afin de communiquer au lecteur sa propre émotion. (Lyrique : se dit de la poésie qui exprime des sentiments intimes au moyen de rythmes et d’images propres à communiquer au lecteur l’émotion du poète, et de ce qui appartient à ce genre de poésie.)

VERS 6 :

  • Le « grief » (à prononcer en une seule syllabe : synérèse) est un dommage que l’on subit (on revient à nouveau à cet état passif de l’amante) et le tourment est une vive souffrance causée par l’amour.
  • Il y a donc toujours contradiction dans les sentiments qu’éprouvent l’amante et cette ambivalence semble être difficile à exprimer
  • La reprise du verbe « endurer » (déjà rencontré au vers 2) semble montrer que l’amante s’abandonne au plaisir et à la souffrance.

VERS 7 :

  • Ce vers nous fait comprendre que c’est le bonheur qui est inconstant, il s’en va et dure.
  • Cette image est également une représentation de l’amant qui ne peut être constamment présent : l’amour dure à jamais mais il s’en va (c’est-à-dire qu’il diminue) lorsque l’objet de l’amour est absent.
  • Ainsi, « mon bien » peut se comprendre de deux façons : comme le bien-être de l’amante ou alors comme ce qui lui appartient c’est-à-dire le cœur de son amant.
  • L’expression « à jamais » est caractéristique des poèmes amoureux parlant d’un amour éternel, seulement  cela s’oppose à « tout à un coup » et « tout en un coup » qui marque des évènements ponctuels. L’éternité ne semble possible que dans le souvenir ce que confirmera le sonnet suivant.

VERS 8 :

  • Dans ce vers, l’amante se compare à une fleur (métaphore à nouveau traditionnelle) qui fane et éclot en même temps (caractère universel de l’amour ?) = il y a à nouveau simultanéité entre des évènements contradictoires accentué par le « tout en un coup ».
  • Louise Labé réussit donc toujours à utiliser des éléments traditionnels qu’elle détourne pour exprimer les sentiments de l’amante et non de l’amant comme cela est habituel. De fait, les poèmes amoureux sont la plupart du temps écrits par des hommes et donc traités selon leur point de vue, le fait d’avoir ici les sentiments de l’amante est donc une innovation intéressante.

= Les deux premiers quatrains se répondent : en effet le chiasme sémantique du vers 1 « je vis, je meurs » et du vers 8 « je sèche, je verdoye » montrent l’incessant recommencement de la souffrance et de la joie qui depuis le début se combinent dans les vers.

 

VERS 9 :

  • Ce 1er vers du tercet marque une rupture comme l’indique l’adverbe « ainsi » qui débute le vers, en plus d’introduire l’idée imminente d’une explication des contradictions, il sous-entend une idée de fatalité.
  • Amour, ici personnifié, apparait par sa position en sujet de la phrase. Cela montre qu’il est le seul responsable de l’état de l’amante confirmé par le pronom personnel de P1 complément du verbe « mener » : ‘amante est passive, elle subit les effets de l’amour.
  • De plus, l’adverbe « inconstamment » est à commenter : il apparait pour la première fois ici dans ce vers central du sonnet alors qu’il en est le thème depuis le début. Il peut de plus avoir une double interprétation : en effet qualifie-t’il les sentiments ? ou l’amante elle-même ?

 

VERS 10 – 11 :

  • Les deux vers fonctionnent ensemble, le vers 10 énonce une condition temporelle qui marque un décalage avec la perception sensorielle du vers 11. Le passage entre la douleur et la joie se fait inconsciemment comme le montre l’expression « sans y penser » (vers 11) qui s’oppose à « quand je pense » (vers10).
  • Les sentiments sont tellement entremêlés que l’amante ne sait plus les distinguer

 

VERS 12 – 13 :

  • Ces deux vers comme les deux précédents fonctionnent en couple mais s’opposent aux vers 10 et 11 : les premiers exprimaient la certitude (trompée) du malheur alors qu’ici il s’agit de l’expression du bonheur.
  • Le poème s’articule entre les différentes contradictions et marque l’aspect cyclique des sentiments, l’amante est toujours au centre du poème avec les pronoms possessifs de P1
  • De plus avec les expressions « être en haut » et « désiré heur » on voit que la joie de l’amante est extrême. Le poème amoureux s’arrêterait là avec l’idée d’un bonheur extrême qui serait supérieur au malheur que l’on peut ressentir, ce n’est pas ce que fait Louise Labé !

 

VERS 14 :

  • Le malheur réapparait ici et clôt le sonnet dans une volonté à nouveau de faire un poème clôt sur lui-même avec le vers 1 qui s’ouvre sur la vie et donc la joie, le poème se termine sur le mot « malheur » : élément surprenant pour un sonnet amoureux !
  • L’amante est toujours passive ici, le « il » qui la replonge dans le malheur représente l’amour du vers 9 mais aussi certainement l’amant encore et toujours absent dans la vie de l’amante et dans le sonnet sauf dans ces dernières rimes (rime d) seules à être masculines : les rimes étant jusque ici exclusivement masculines (exemples…) marque à nouveau l’originalité de ce sonnet écrit par une femme et qui met en avant la femme.

= Ces deux tercets s’opposent aux quatrains avec leur côté réflexifs (car Louise Labé cherche à comprendre pourquoi ses sentiments sont ainsi) comme le montre la forte présence des verbes de pensée et de croyance « je pense », « je crois ». De plus, c’est ici qu’on a clairement l’explication des contradictions des premiers quatrains : Amour provoque le désordre de l’âme.

Pause 5 secondes

CONCLUSION

            Louise Labé a donc utilisé en plus d’une forme traditionnelle (le sonnet), des thèmes traditionnels (la fleur, l’éternité) pour tenter d’exprimer et d’analyser les sentiments amoureux du point de vue de l’amante qui s’avère être totalement différent de celui de l’amant que l’on a l’habitude de lire.

Le sonnet 8 qui est l’un des plus connus de Louise Labé fait en fait partie d’un binôme avec le sonnet suivant. En effet, dans le sonnet 7, l’amante espérait une rencontre avec l’amant, le sonnet 8 exprime les conséquences de cet espoir et de l’amour ressenti et le sonnet 9 se présente comme une échappatoire au malheur inhérent au bonheur amoureux, échappatoire qui n’a lieu que dans le rêve, l’illusion.

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